DISCOURS PRESIDENT
ASSOCIATION COMORIENNE DU TOURISME
OCCASION JOURNEE MONDIALE DU TOURISME

28 SEPTEMBRE 2002

Discours Pdt ACT journée mondiale du tourisme

Organisée aux Arcades le 28/9/02

Bismillahi Rahmani Rahim, assalamalaikum wa rahamatullahi wa barakatahu

Messieurs les Ministres,

Messieurs les représentants des OI

Chers techniciens et techniciennes du tourisme et chers membres de l’act

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d’abord d’adresser mes remerciements à toutes celles et à tous ceux qui ont voulu honorer de leur présence cette journée mondiale du tourisme. Je remercie particulièrement les membres de l’ACT ainsi que ceux de l’UJTC qui ont contribué financièrement pour permettre de fêter cette journée.

Le temps imparti étant très court, je vais me borner à situer l’existant, à citer successivement les freins à l’essor du secteur touristique des Comores et proposer des recommandations pour le développement de ce secteur.

D’après les études de la Banque Mondiale en fin 1999, l’investissement total dans le tourisme sur les 15 dernières années est d’environ de 12 milliards de francs comoriens. Les recettes annuelles nettes en devises sont estimées à 1,5 milliards de fc , la valeur ajoutée représente 1,7 milliards de fc et l’incidence sur le PIB est de 2,2%.

A la fin de l’année 2001, la capacité hôtelière touristique des Comores est estimée à 1000 lits environ, toutes classes confondues, Galawa représentant la moitié. En nous basant sur une durée moyenne de séjour de 8 jours par touriste nous avons la possibilité d’héberger 45.625 touristes.

Malheureusement il n’a été enregistré que 27.000 touristes allant dans les hôtels  ( 60% de taux de remplissage ). En comptant un taux de remplissage de 85% en moyenne pour Galawa, il ne reste plus que  7600 touristes pour la petite et moyenne hôtellerie indépendante soit 33% de remplissage.

Un taux de remplissage jugé trop bas qui ne permet pas de faire vivre une entreprise d’où la fermeture de plusieurs sociétés de ce secteur.

Malgré cela les recettes touristiques sont évaluées à 4,32 milliards de fc représentant 5% du PIB national.

Dans la majorité des pays africains, les recettes douanières sont les seuls produits exploités pour équilibrer les comptes de la Nation et les taux d’imposition et de taxation varient en fonction de cet équilibre. La dévaluation de la monnaie et les divers programmes d’ajustement structurels mal adaptés ont plongé l’Afrique dans une crise économique sans précédent. Le tourisme occupe le dernier rang avec 3% sur un marché de 400 millions de touristes et 200 milliards de dollars US de recettes touristiques.

L’Afrique se réveille tout doucement et commence à comprendre que le Tourisme peut constituer un produit rentable s’il est parfaitement intégré dans le processus du développement économique de chaque pays.

Les retombées sont multiples :

-         développement des infrastructures routières, maritimes, aériennes, portuaires et aéroportuaires

-         développement du parc immobilier, de l’industrie artisanale, des relations d’affaires

-         développement des divers canaux de communications

Monsieur le Ministre, vous avez adopté le thème : Le tourisme, première industrie de l’Ile autonome de N’Gazidja et ce thème en dit long. Effectivement, le tourisme est devenu une industrie et comme toute industrie de production elle a ses normes sinon le produit n’est pas exploitable.

Au risque de nous répéter, nous allons encore une fois dire qu’il ne peut y avoir de développement du secteur touristique sans une réelle volonté politique et nous ajouterons qu’une politique ne peut se mettre en place sans moyens financiers.

Cette volonté, vous venez de l’exprimer en classant l’industrie touristique comme un secteur prioritaire dans votre programme de développement de l’Ile de N’Gazidja, et il ne reste plus qu’à trouver les moyens pour mettre cette politique en place.

Dans leur politique d’aides au développement de secteurs prioritaires, tous les organismes internationaux ont modifié leurs approches et exigent une quote-part de l’Etat et du Secteur Privé.

Or il se trouve que la quote-part du Privé dans la promotion du tourisme ( taxes état nuitée perçues par le Trésor ) ainsi que la taxe de consommation ( perçue par la DGI ) sont reversées dans le budget national.

Il est à déplorer qu’à chaque fois qu’il faut financer des actions pour la promotion du tourisme, l’Etat n’arrive pas à faire face à sa contribution et bloque toutes les actions en faveur de la promotion du tourisme.

Je citerai ici, tout simplement, la mise en place de l’organisation régionale touristique des Iles de l’Océan Indien ( OTIOI ) qui va prendre le relais du programme COI TOURISME et dont on apprécie les retombées positives par tous les séminaires de formation et de marketing organisés.

Or malheureusement les Comores n’ont pas pu encore débloquer leur quote-part et nous risquons d’être isolés de la région qui est la seule à pouvoir entraîner les Comores par les actions globales de marketing, formation et de représentation dans les divers salons du tourisme. Le tourisme de proximité est un créneau que nous devons impérativement développer qui est le seul créneau porteur immédiat.

D’autre part les charges qui pèsent sur le secteur touristique sont trop lourdes, dans le domaine hôtellerie et restauration ( taxes état nuitées de 1.000 fc par lit et par jour et une TC de 10%, représentent 15 à 50% du prix de vente de la chambre ), dans le domaine des transports, dans le domaine des agences de voyages,  et il n’est prévu aucune mesure d’accompagnement pour aider le secteur en cas de difficultés ; je citerai les problèmes d’eau et d’énergie qui ont plongé le pays dans l’obscurité pendant 18 mois et les problèmes persistent encore.

Ces problèmes peuvent être classés comme une catastrophe naturelle et les pertes subies par les opérateurs de ce secteur devaient en principe être supportées par l’Etat et rien n’a été fait. Même ceux qui avaient des prêts à la BDC n’ont pu avoir de moratoire sans intérêts.

Aussi, nous avons, avec vos techniciens, rédigé une charte touristique en vue de créer un Office National du Tourisme, un organisme mixte Etat-Privé pour résoudre une grande partie des goulots d’étranglement de ce secteur, et Monsieur le Ministre nous vous demandons de l’étudier avec soin car il peut apporter la solution de tous les problèmes que j’ai évoqués tout à l’heure.

Enfin quelle forme de tourisme développer aux Comores ?

Les clients potentiels des pays émetteurs sont en quête de formules novatrices tant en ce qui concerne la détente que l’aventure.

Le modèle touristique des Comores est actuellement un mono-produit balnéaire.

Il positionne les Comores en concurrence avec presque toutes les destinations insulaires tropicales ( Océan Indien, Caraïbes, … ), or, si le marché est important , la concurrence est forte et nous ne pourrons pas concurrencer ces destinations tant que nous n’aurons de liaisons aériennes et maritimes directes vers les pays émetteurs.

C’est la raison pour laquelle les Comores viennent d’adopter une stratégie visant

à la mise en valeur du patrimoine naturel et culturel,

à l’amélioration des conditions de vie de la population

et à la création d’emplois.

Cette forme de tourisme, est communément appelée « écotourisme ou tourisme de développement durable ».

Cette stratégie s’appuie

sur le soutien et la création de relais d’écotourisme,

des pôles patrimoniaux,

de l’élaboration et de la mise en œuvre d’un schéma de randonnée en collaboration avec le CNDRS, d’un plan de valorisation touristique et culturel

et la formation du personnel des relais, des centres thématiques et les guides de tourisme et d’environnement.

Je ferai ici une parenthèse pour saluer la naissance d’une nouvelle association de jeunes techniciens en tourisme, l’association UJTC dont les membres sont tous issus d’écoles de formation, souvent avec un niveau bac+ qui peut jouer un rôle fondamental dans cette stratégie de développement du secteur touristique.

Si ces actions de développement pouvaient être menées à bien dans le cadre du Plan Directeur du Tourisme, elles permettraient de répartir sur les 3 îles de l’Union, une ossature d’accueil plus équilibrée et en accord avec les ressources patrimoniales et l’identité de chacune d’entre elles, tout en créant le tissu touristique nécessaire à une fréquentation de découverte par opposition au mono-produit balnéaire.

Cette stratégie tient compte de l’évolution du tourisme dans le monde et de la région en particulier, l’implication de tous les acteurs économiques pourrait jouer un rôle déterminant dans l’économie du pays.

Dans le Plan Directeur du Tourisme, en l’an 2005, notre capacité hôtelière devrait être multiplié par 2.5 à 3 pouvant engendrer des recettes touristiques évalués à 27 milliards de fc soit 35% du PIB national, l’Etat percevant à lui seul l’équivalent de 2 milliards de fc soit l’équivalent des recettes fiscales.

Enfin la formation revêt une importance capitale et malgré la formation de quelques 200 comoriens dans les différents séminaires organisés par la COI, le secteur privé comme le secteur public sont unanimement d’accord que tant qu’une structure de formation dans le domaine du tourisme ne verra pas le jour, ( Les Comores sont le seul pays de la région qui ne dispose pas d’école hôtelière), les Comores ne pourront convenablement jouer leur rôle au sein de la COI et de l’OTIOI qui est en train de se mettre en place.

Nos îles regorgent de potentialités touristiques et l’hospitalité légendaire de notre peuple n’est plus à démontrer. Je laisserai le soin aux techniciens du Ministère du Tourisme de N’Gazidja de vous parler des richesses des sites identifiés de la Grande Comore.

Enfin le Tourisme souffre énormément des problèmes politiques du moment qui opposent l’Union et les Iles Autonomes, mais chers frères et chères sœurs, nous sommes tous des fervents musulmans, et l’Islam nous apprend que nous devons régler nos conflits dans la paix avec un esprit de tolérance et de respect mutuel, aussi ce n’est que dans l’éthique de l’Islam et de ses préceptes acquis de nos aïeux que nous arriverons à asseoir des bases solides pour le développement du secteur touristique des Comores, et ceci j’en reste persuadé.

Avant de clore mon propos, j’émettrai le souhait de solutionner rapidement le cas Galawa, le fleuron de notre tourisme qui a beaucoup contribué à la promotion du tourisme comorien, avant qu’il ne connaisse les mêmes mésaventures que l’hôtel Ylang Ylang ; vous me permettrez de saluer les efforts de l’Office de la Formation Technique et Professionnelle, les efforts des techniciens des différents ministères de l’Union et de N’gazidja et également encore une fois toute l’assistance d’avoir bien voulu consacrer leur temps précieux pour faire de cette journée mondiale du tourisme, une réussite.

Je vous remercie

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