Le Tourisme aux Comores
par Ismael Saadi
Article de 1999

la plage de Chomoni

Tout le monde s'accorde à dire que l'amélioration de la situation économique des Comores passe par le développement de son tourisme. En effet le pays dispose de richesses touristiques exceptionnelles qui ne sont pas malheureusement exploitées. L'offre marginale en hébergement, en service et en infrastructure de notre pays fait des Comores l'enfant pauvre du tourisme dans l'Océan Indien. A titre de comparaison le pays dispose d'à peine 800 lits alors que Maurice, Seychelles et Réunion disposent respectivement de 11 000 lits et 4 000 lits.

Conscient de ses potentialités touristiques, les différents gouvernements successifs des Comores font des déclarations de bonne intention pour faire du tourisme la principale activité économique du pays, à l'instar des pays de la région. Actuellement le tourisme ne représente qu’à peine 2,2% du Produit National Brut (PNB). Des objectifs sont fixés mais les actions ne suivent pas. Cette étude a été réalisée sur la base des données du rapport de la Banque Mondiale de 1996 portant sur le "Tourisme, Environnement et Infrastructures ". La première partie consistera à établir un constat de la situation actuelle et la seconde partie sera consacrée à la stratégie adoptée pour développer le tourisme dans notre pays.

I: Le constat de la situation actuelle

L'accès touristique aux Comores rencontre plusieurs contraintes : déserte aérienne internationale et liaisons inter îles inadaptées, conditions d'accueil aéroportuaire vétuste. L’accès aux Comores est exclusivement aérien. Les ports comoriens ne sont pas conçus pour accueillir des touristes.

Sur le plan des services à l'intérieur du pays, l'offre d'hébergement est réduite (près de 800 lits dont la moitié est offerte par le complexe hôtelier, le Galawa Beach qui bénéficie des conditions d'exploitation très avantageuses). Le personnel hôtelier n’est pas suffisamment qualifié et le secteur bancaire est très réduit. Les principaux villages et sites touristiques sont dépourvus d'électricité, d'eau et de téléphone. Les routes sont en mauvais état, la signalisation routière, le système de gestion de déchet et d'assainissement sont quasi inexistants.

Ces multiples contraintes font que les Comores n'accueillent en moyenne que 28 000 visiteurs par an (en 1998) à comparer avec les 500 000 visiteurs des îles voisines de Maurice et Réunion.

Les principaux acteurs et les institutions chargées du tourisme aux Comores sont défaillants. La Direction Générale du Tourisme ne dispose ni de moyens matériels ni de moyens humains. Des projets actuellement financés par des bailleurs de fond, notamment l'Union européenne (Programme régional de développement du tourisme dans les pays de l'Océan Indien) n'apportent pas au pays les résultants escomptés.

Malgré le développement au cours de cette dernière décennie, de l'offre hôtelière (le pays est passé de 350 lits en 1986 à près de 800 lits en 1998 avec un investissement de près de 12 milliards de Fc ), de l'augmentation des liaisons aériennes et des agences de tourisme, l'activité touristique ne génère pas les retombées économiques escomptées. Certes plusieurs emplois ont été créés grâce au tourisme, mais ces chiffres restent en déca des potentialités touristiques du pays.

En effet les Comores disposent des atouts du patrimoine culturel et naturel importants et qui demeurent inexploités. Ainsi il a été recensé 45 sites d'intérêts touristiques, dont la plupart sont des sites balnéaires. La bio diversité des Comores est peu étudiée et pourtant notre pays est à la fois un "jardin botanique" et un "aquarium tropical" selon le rapport de la Banque Mondiale (1996) sur le tourisme, environnement et Infrastructures. Plus d'une centaine d'espèces d'orchidées recensées et une faune comportant des espèces remarquables : les cœlacanthes et les tortues marines. Les Comores disposent d'un patrimoine historique et culturel riche et diversifié : sites archéologiques, édifices religieux, édifices liés aux anciens sultans batailleurs, des fortifications, le grand mariage… Ces atouts sont entrain d'être détériorés en raison des prélèvements de sable et de coraux, du braconnage des tortues marines, de la déforestation, de la pêche à la dynamite, de l'assèchement des rivières, des constructions anarchiques.

Conscient des potentialités que recouvrent le tourisme dans le développement économique du pays (au cours de la dernière décennie, le nombre de touriste arrivant aux Comores a connu une croissance de 250% !), plusieurs projets sont mis en œuvre pour développer le tourisme dans notre pays.

II: La stratégie adoptée pour développer le tourisme

La stratégie adoptée et proposée par la Banque Mondiale, consiste à développer le tourisme pour améliorer les conditions de vie de la population et dynamiser la croissance économique. Elle favorise un tourisme non pas de masse mais de qualité qui exploiterait les sites naturels tout en respectant l'équilibre écologique et le Politique Nationale de l’Environnement. Cette stratégie est basée sur "l’écotourisme" ou le tourisme du "développement durable ". Un plan directeur a été élaboré et tient compte de la création des pôles patrimoniaux, des relais d’écotourisme, sur le développement de randonnées à travers le pays. 45 sites touristiques ont été recensés : la réserve maritime de Nioumachoua, le lac salé, le Mont Karthala, le site de Moya, le Banc Vailleux (considéré comme le plus grand mur de plongée sous-marine au monde) la Caverne de Corail noir, la Galerie de Msanga, etc…

 

Malgré les difficultés rencontrées, des actions ponctuelles ont été réalisées notamment, l'aide des associations, des communautés villageoises. Des parcs à thème ont été implantés. Ainsi une étude de faisabilité du programme d'aménagement de la région Karthala a été réalisée. Les villages du Pimba ont commencé la réalisation d'un village d'écotourisme avec l'aide l'association "AQUARTER". Une maison de la tortue a été implantée dans la région de Nioumachoua dans l’île de Mohéli par le Projet Environnement financé par l'Union Européenne. Cette forme de tourisme axée sur la nature connaît sur le plan mondial un taux annuel de près de 30%. Cette augmentation est due par le vieillissement de la population qui tient de plus en compte de l’environnement, des ressources naturelles et culturelles. Les conditions de l’écotourisme conviennent pour un archipel comme les Comores qui dispose d’écosystèmes intacts.

En ce qui concerne le personnel hôtelier, plusieurs formation professionnelles ont été réalisées périodiquement par l’Association Comorienne du Tourisme et le programme de développement touristique régional pour les pays de l’Océan Indien, financé à hauteur de 6 millions d’Euro par l’Union Européenne. Ce programme a pour objectif d’exploiter les liens régionaux grandissant afin de développer conjointement des activités touristiques dans les cinq pays membres de la Commission de l'Océan Indien (Comores, Madagascar, l’île Maurice, les Seychelles et la Réunion). Le programme a déjà mis en œuvre un plan de promotion touristique régional. Un annuaire touristique régional est publié et distribué gratuitement par la Direction du programme.

L’objectif affiché est d’atteindre les 3000 lits d’ici l’an 2010. Le programme de la Commission de l'Océan Indien a défini des pôles patrimoniaux et emblématiques comme les centres d’accueil et d’animations touristiques thématiques. 6 centres sont retenus : 3 en Grande Comore, 2 à Anjouan et 1 à Mohéli. Si ces projets sont réalisés, les Comores pourraient bénéficier d’ici l’an 2010 de plus de 17,1 milliards de recettes touristiques et les recettes en devises seront multipliés par 8 en 15 ans passant de 1,5 milliards en 1995 à 11,8 milliards en 2010. Près de 1800 emplois directs seront créés.

Ainsi le développement de l’écotourisme pourra, selon le rapport de la Banque Mondiale sur le tourisme, stimuler l’activité économique nationale et locale du pays (création des emplois locaux, augmentation des recettes fiscales…), accroître les liaisons passagers et commerciales inter îles, désenclaver l’espace touristique national, faciliter l’accès de la population nationale à des formes d’hébergement touristique et d’activités de loisirs, sauvegarder et mettre en valeur des sites naturels, structurer les activités culturelles du pays.

 

Le développement du tourisme est conditionné par des actions concrètes de l’Etat, notamment par le recensement des biens fonciers de l’activité touristique, le soutien technique et financier à la réalisation des relais villageois et des pôles patrimoniaux, la mise en place d’avantages exceptionnels dans le Code des investissements, la restauration du patrimoine historique et culturel, le programme d’assainissement de Moroni et de Mutsamudu, l’amélioration de l’accueil dans les aéroports, la planification des besoins alimentaires touristiques, l’investissement dans les hébergements et services touristiques Etc…Ces différentes recommandations prônées par le rapport de la Banque Mondiale de 1996 sont demeurées des lettres mortes. L’instabilité politique est venue compliquer davantage la situation et les investisseurs sont réticents à venir s’installer dans ce pays qui regorge pourtant de potentialités touristiques inestimables et inexploitées.

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Ismaël SAADI

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