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La place et le rôle de la femme Comorienne dans une démarche d'Intégration


La femme dans le système social traditionnel comorien

femmes comoriennes


La femme est sans nul doute la matrice de la société comorienne. Les Comores du siècle prochain, dépendront largement de son émancipation car son rôle de mère et d’éducatrice lui confère une responsabilité importante en matière de développement social.
Dans son enfance, la fille comorienne suscite l’attention de tout son entourage aussi bien masculin que féminin(père, mère, frères et oncles). Elle doit répondre aux attentes de sa famille et aux exigences d’une société . le moindre dérapage lui sera fatale. Elle doit faire la preuve qu’elle sera une bonne épouse, une bonne mère. Ce poids familial et cette pression sociale ont comme objectif inavoué la satisfaction d’une frange de la population, les hommes. De ce fait, sa situation socio-familiale fait d’elle un “ bien précieux ” qu’il faut à tout prix préserver. Mais à quel prix ? Il n’est pas rare de voir dans nos familles que le garçon a plus de liberté de mouvement que sa sœur. Les acteurs de notre société, les hommes, l’ont voulu ainsi.

Si depuis quelques temps, filles et garçons ont les mêmes chances de réussir car ils sont tous ou presque scolarisés en masse à l’école primaire, force est de constater qu’arrivé au lycée, la tendance se déséquilibre. Le nombre des filles admises au baccalauréat est considérablement inférieur à celui des garçons. L’entrée à l’Université conserve évidemment cette tendance. Et quelles que soient les disciplines.

En somme, la fille comorienne serait victime de «trop d’amour » de la part de l’homme comorien, pensent certains. Cet «excès d’amour » est véhiculé par le système traditionnel caractérisé notamment par le fameux «grand-mariage ». Un système coutumier en mal de réforme et qui en aurait pourtant bien besoin. Ce «grand-mariage » élaboré par un système d’inspiration féodale place la femme dans une situation des plus critiques. On lui impose un système endogamique qui décide tout à sa place jusqu’au choix de son conjoint, souvent fait par le père, le frère ou l’oncle.
Cependant, on peut observer de nettes améliorations ces dernières décennies. Le régime d’Ali Soilih (1975/78) par exemple, qui a donné la parole aux minorités de l’ancien système féodal(jeunes et femmes) a largement amorcé un début de transformation de la société. Cette transformation est certainement lente, mais irréversible. Rien ne semble l’arrêter.


L’Intégration des femmes ou l’éducation des hommes ?

Quant à la situation de la femme comorienne sur le sol français, elle est des plus surprenantes suivant les villes. La réalité quotidienne nous montre combien l’intégration des femmes doit passer par l’éducation des hommes.
Dans une ville comme Lyon, les réunions publiques de la communauté restent jusqu’à ce jour une affaire d’hommes. La femme n’a pas encore droit de cité. Néanmoins, malgré la translation du système traditionnel implanté par la première vague de migrants, une nouvelle génération résiste tant bien que mal à cet état de fait. Nous assistons donc à une diaspora à deux vitesses. Celle qui essai de marier les deux cultures en vue de tirer le meilleur des deux parties représentées globalement par les milieux scolaires et universitaires et celle qui s’accroche littéralement à l’orthodoxie et qui évite tout compromis pour l’émancipation de la femme. Au moment où les rencontres publiques et/ou communautaires excluent d’une manière quasi-systématique la femme, les réunions étudiantes se démarquent nettement de cette pratique. Si les garçons restent toutefois encore majoritaires(pour la raison susmentionnée), les filles n’en sont pas moins présentes. Elles sont présentes et actives. Il suffit d’observer deux exemples : l’Association des Etudiants comoriens de Marseille(Djuwa) a à sa tête une fille Melle Stéphanie HAMADI. A Lyon, une Association sœur(LAMHA) a comme vice-présidente, Melle Nazar ABDOURAMANE. Nous trouvons également des femmes dans le Conseil d’Administration de l’Organisation humanitaire (SUHA).

Ces exemples encourageants, observables dans le monde étudiant et ailleurs ne doivent pas cacher les difficultés que traversent une bonne partie de nos sœurs et mères en matière d’intégration. Des difficultés qui concernent essentiellement la femme comorienne venue rejoindre son conjoint, souvent paysan ou ouvrier avant sa venue en France ; donc souvent analphabète(en français) et du même coup incapable de s’intégrer lui-même. Imaginer un instant que cet homme peut être pour quelque chose dans l’intégration de sa femme, paraît illusoire.

Je pense qu’étudier les démarches d’intégration de la femme comorienne doit en partie passer par celle de l’homme. C’est à ce niveau, je crois, que se situe le problème. Et il n’est pas évidemment facile à résoudre pour bien de raisons.

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D’abord, parce que plus de la moitié des Comoriens de France, n’ont pas échappé à la précarité dont la population immigrée en générale fait les frais. Ce n’est pas un hasard si les fortes concentrations de Comoriens sont à Vaulx-en-Velin, Marseille Nord, …Ensuite, une bonne partie d’entre eux, n’ont pas échappé au statut de sans papiers. Ce qui aggrave d’avantage leur situation.
Enfin, à ces problèmes communs s’ajoutent chez la femme le poids des responsabilités des tâches ménagères qui restent, disons-le, malgré le fait que nous vivons en occident, son domaine réservé. L'image traditionnelle du chef de famille, incarné par l'homme est loin d’être assouplie en dépit des années passées en Occident.
Combien de femmes comoriennes aimeraient se présenter dans les centres sociaux pour suivre des cours d'alphabétisation ou autres formations et s’en voient empêchées par leurs maris ?
Combien parmi elles souhaiteraient mener une activité salariale, mais par décision de leurs époux se sont trouvées « fermées » chez elles pour s'occuper de ce « monsieur ? »
Demandez aux hommes combien parmi eux font le ménage chez eux ?
Et combien de femmes manifestent le désir de s'intéresser à la vie publique et par peur des hommes se sont résignées ?

Ne nous trompons pas. La femme comorienne n'est pas pathologiquement ou symptomatiquement inintégrable. Nombreuses sont ses initiatives qui prouvent le contraire. Elle a tous les atouts pour s'adapter et s'intégrer. Et si on lui donne la moindre possibilité, elle l’exploite avec détermination. L'Association des femmes comoriennes de France (wumodja) en est pour moi, une illustration éloquente.
C'est l'homme comorien, peut-être par «peur » (je ne sais de quoi) qui lui met des battons dans les roues. Si c'est la religion qui explique cette «peur », je pense que les cadres femmes de notre pays nous ont prouvées - et sans faire de bruit - qu'une comorienne peut remplir ses responsabilités publiques sans pour autant faillir à sa condition de femme musulmane. Je pense à ces Magistrats, à ces enseignantes de toutes disciplines confondues, à ces médecins, …

Ainsi, une intégration douce de la femme comorienne devrait passer par celle de du père, du frère, de l'oncle, bref de l'homme comorien.
Sinon, elle se fera d'une façon « violente » lorsque nos mères, nos sœurs et nos femmes prendront conscience de la condition d' « exclues » que nous leur avons imposée. Cela pourrait devenir explosif. Aux hommes de choisir.

Le jour où nous finirons par comprendre que nous ne vivons plus à Dzaoudzi, Mutsamudu, Fomboni ou Moroni mais ailleurs, vous verrez, l'intégration de la femme comorienne se fera d'elle-même.
Je rends hommage à toutes les femmes de la planète et aux comoriennes en particuliers.
Que le XXIème siècle s'« accorde » au masculin et au féminin ! ...


Abdou-Salam SAADI

MweziNet mai 1999