APPUI AU PROGRAMME DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME

1 - CONTEXTE ET OBJECTIF

Le Gouvernement comorien a inscrit la lutte contre le paludisme et la filariose du Bancroft parmi ses préoccupations majeures car ces deux maladies sont un obstacle majeur au développement socio-économique du pays.

Il n’existe malheureusement pas d’informations précises sur la morbidité et la mortalité aux Comores. Toutefois, les statistiques hospitalières incomplètes indiquent que le paludisme pourrait être responsable de 20% à 25% des admissions hospitalières. Des enquêtes parasitaires effectuées entre 1950 et 1989 montrent que l’indice parasitaire chez les enfants de moins de 5 ans varie entre 30% et 80%. Ces résultats ne s’éloignent pas des niveaux de l’endémie palustre observés dans la plupart des pays d’Afrique tropicale. Ils permettent d’estimer que la mortalité est de l’ordre de 10% à 20% des décès chez les enfants.

Sur le plan économique, le Gouvernement considère le paludisme comme une des principales causes d’absentéisme dans les lieux de travail et dans les écoles. Cette maladie affecte la population d’une pendant la période où les travaux agricoles doivent être plus intenses, entraînant une diminution importante de la productivité et de la croissance économique. Elle engendre des coûts directs et indirects énorme sur les économies des ménages (frais de consultation, achat de médicaments, hospitalisations, pertes diverses...), égrenant ainsi les maigres ressources des familles.

Depuis plus de cinq décennies, des activités sont proposées pour lutter contre cette affection. En 1988, le Gouvernement comorien en partenariat avec l’OMS et l’UNICEF a mis en place un Programme National de Lutte contre le Paludisme et la filariose. L’impact de ce programme sur la santé de la population a été limité par l’insuffisance de moyens alloués au programme et la non implication des services généraux de santé et de la population. Toutefois, ce programme est parvenu à renforcer la capacité de diagnostic clinique et de traitement d’un certain nombre de formations sanitaires; à équiper certains districts en petits matériels de laboratoire, à améliorer la disponibilité des médicaments antipaludiques et à former plusieurs cadres sanitaires, notamment 6 médecins paludologues et un entomologiste médical. Le programme est surtout parvenu à démontrer l’efficacité de certaines interventions et à délimiter la stratification éco-épidémiologique de la maladie.

Le présent projet a pour objectif spécifique la réduction de la mortalité et de la morbidité dues au paludisme. Sa stratégie consistera à consolider les importants acquis du pays dans la lutte contre cette maladie. De façon plus concrète, le projet va: (i) renforcer les capacités des districts sanitaires dans la prise en charge correcte des malades; (ii) promouvoir une meilleure prise en charge des cas à domicile, (iii) développer des mesures de lutte antivectorielle et améliorer la planification, la coordination et l’évaluation des activités de lutte contre le paludisme.

2 - Description détaillée

2.1 - Situation générale

Les Comores possèdent une écologie qui est propice au maintien de l’endémie palustre. Son climat est tropical et présente une alternance entre une saison chaude et humide de décembre à mi-avril et une saison fraîche et sèche de mi-avril à novembre. Le pays offre de nombreux microclimats du fait de plusieurs variations dans la position par rapport aux masses montagneuses et au vent. La température moyenne annuelle se situe entre 21 et 22°C au dessus de 500 mètres et entre 25° et 26°C sur la côte. Les isohyètes moyennes annuelles de pluviométrie varient de moins de 100 mm à plus de 3 mètres selon l’altitude, le sens des vents et la position par rapport à la masse montagneuse.

Bien qu’elles soient d’origine volcanique, les îles Comores n’en présentent pas moins des caractéristiques morphologiques, pédologiques et donc écologiques très variées, conséquences de leur formation à des âges géologiques différents.

 

 

2.1.1 - GRANDE COMORE (1 147 km² et 235 698 habitants en 1991)

L’île est dépourvue d'eau de surface car son sol volcanique et très poreux, ne permet pas l’accumulation d’eau de surface. Les gîtes larvaires sont exclusivement anthropiques. Ils sont essentiellement constitués par les citernes d'eau pluviale et les bassins d’ablution. Le paludisme est transmis en GRANDE COMORE par A. gambiae s.s. Les enquêtes parasitologiques et entomologiques menées dans l’île ces dernières années ont montré:

à une large prédominance de P. faciparum, représentant plus de 90% des lames positives et suivi de P. malariae (8%), de P. vivax (1,6%) puis de P. ovale (0,4%).

à des variations locales de prévalence avec un Indice Plasmodique (IP) variant de 20% à 70% chez les enfants de 1 à 5 ans, quelle que soit la saison, liées au nombre et à la qualité des citernes, qui sont eux aussi, fonction du niveau des développement des localités.

2.1.2 - ANJOUAN (424 Km² et 192 568 habitants en 1991)

En opposition à la GRANDE COMORE, l’île d’ANJOUAN possède un sol qui permet la rétention de l’eau. En plus, son orographie favorise l’existence de nombreux torrents permanents.

A ANJOUAN, la transmission du paludisme est assurée par Anopheles gambiae s.s. et Anopheles  funestus. ANJOUAN constitue par ailleurs l’île des Comores où l'endémie palustre présente plus de variations de prévalence selon les régions et les saisons. Cette situation particulière est principalement due à la diversité des gîtes à An. gambiae et à An. funestus qui, selon les conditions géographiques et climatiques, sont plus ou moins productifs. Quatre strates géographiques peuvent être distinguées :

à la côte Nord (baie d'ANJOUAN) de Ouani à M'Jamaoué et jusqu'au col de Patsy, ce qui correspond au district sanitaire de Mutsamudu et de Ouani,

à la côte Ouest de Bimbini au tunnel de Moya, ce qui correspond aux districts sanitaires de Pomoni et de Sima,

à une zone à forte transmission qui va de la côte Est de Domoni à Hajaho (district sanitaire de Domoni)

à des zones à très faible transmission de paludisme comprenant les hauts d'ANJOUAN.

2.1.3 - MOHELI (290 Km² et 24 918 habitants en 1991)

L’île présente trois zones relativement distinctes :

à une zone de plateau située entre 100 et 300 m. Le sol est peu perméable. Dans cette zone se localisent les lacs et les étangs,

à une zone côtière où les estuaires sont bouchés pendant la saison sèche constituant d’importants gîtes larvaires,

à une zone montagneuse, haute de 500 m environ qui parcourt l’île sur les 2/3 de sa longueur. Les ruisseaux et torrents descendent de ce relief

Le paludisme à MOHELI est dû dans sa quasi totalité à P. falciparum qui représente 96,6% des lames positives, suivi par P. malariae et P. vivax. L'indice plasmodique moyen des enfants de 2 à 9 ans est plus élevé en saison sèche qu'en saison des pluies dans l'ensemble des villages. Les gîtes larvaires sont représentés par les rivières permanentes qui jouent en saison sèche le même rôle que les estuaires bouchés sur la côte.

Les villages les plus infectés sont ceux qui sont situés dans les larges plaines littorales où existent de nombreux bas fonds et des marécages. Ceux qui sont les moins infectés restent les trois villes principales de Fomboni, Nioumachoi et Djoiézi où les estuaires sont à sec ou très pollués et constituent des gîtes à C. quinquefasciatus.

2.2 -  Activités réalisées

Ü a) - Avant 1975:

Les actions de lutte contre le paludisme sont restées limitées à quelques expériences, dont:

à les pulvérisations intradomiciliaires de dieldrine (1954-1957),

àles pulvérisations intradomiciliaires de DDT-fenitrothion à ANJOUAN, à MOHELI et à Mayotte (1972),

à la lutte larvicide au temephos à Mayotte et en GRANDE COMORE (1973-1974).

Ü b) - Période de 1975 à 1987:

Il n’y a pas eu d’action notable de lutte contre le paludisme.

Ü c) - Période 1988 à 1993:

De 1988 - date de la mise en place du programme national de lutte contre le paludisme - à 1993, quelques activités ont été réalisées grâce à l’appui de l’OMS, du PNUD et de l’UNICEF.

Parmi ces activités, figure la formation de spécialistes nationaux dont 3 médecins paludologues, 1 entomologiste médical, 2 techniciennes de laboratoire de haut niveau, 12 microscopistes et 7 techniciens en entomologie. Durant la même période, environ 400 infirmiers, sages-femmes et médecins ont pu bénéficier d'un recyclage sur le diagnostic, le traitement et la prévention du paludisme et de la filariose.

En 1992, une politique nationale en matière de lutte contre le paludisme et la filariose de Bancroft a été élaborée. Elle permet de disposer d'un schéma thérapeutique standard et d'un arbre de décision pour le traitement du paludisme aux différents niveaux du système sanitaire national. Un guide pratique du paludisme et de la filariose de Bancroft a été conçu et largement distribué au personnel des formations sanitaires du pays. Pour améliorer les capacités de diagnostic parasitologique du paludisme, douze des 17 districts sanitaires du pays ont été équipés de microscopes par le programme. Depuis cette période, un approvisionnement régulier en médicaments antipaludiques est assuré en étroite collaboration avec la Pharmacie Nationale d'Approvisionnement des Comores (PNAC).

Des essais de lutte antivectorielle ont été effectués dans les différentes strates éco-épidémiologiques du pays:

à une lutte antilarvaire par poissons larvivores de type Poecilia reticulata dans l'île de la GRANDE COMORE. Dans les conditions particulières de l'île, cette méthode de lutte contre le paludisme a montré son efficacité sur le contrôle du vecteur An. gambiae.

à une lutte anti-adulte par aspersions intradomiciliaires de malathion 50PM dans des localités de l'île d'ANJOUAN et de MOHELI. Les opérations ont duré 3 ans avec de très bons résultats notamment une réduction importante de l'agressivité et de la densité des Anopheles et des Culex au repos dans les chambres;

à des essais de moustiquaires et rideaux imprégnés ont été conduits dans des localités d'ANJOUAN, de MOHELI et de GRANDE COMORE.

En outre, des activités de sensibilisation et de mobilisation communautaires ont été régulièrement développées par le Programme en collaboration avec les services IEC, ceci en vue d’informer la population sur la gravité du paludisme et de la filariose de Bancroft, de souligner l’importance du comportement des individus dans la lutte contre ces affections et de permettre au programme de disposer de relais et d’appuis auprès des populations locales dans ses campagnes de lutte (émissions radiophoniques, émissions dans des TV locales,  reportages avec la Radiotélévision Belge et CNN, articles de presse, conférences débats, formation d’agents communautaires à la lutte antilarvaire).

Le programme a aussi étendu ses activités avec la mise en place du Laboratoire Central de Parasitologie et du Laboratoire National d’Entomologie.

Ü d) - Période de 1993 à 1997:

Au cours de cette période, le programme a vu ses moyens considérablement réduits et a limité ses activités  à:

à le renforcement des activités de prise en charge correcte des cas de paludisme et de la filariose de Bancroft, notamment par (i) la révision et la diffusion du guide pratique du paludisme et de la filariose au niveau de toutes les formations sanitaires et (ii) la poursuite des activités de formation/recyclage du personnel des districts sanitaires dont la formation de 3 médecins paludologues;

à la poursuite des activités de luttes antivectorielles par la mise en oeuvre des essais pilotes de moustiquaires imprégnée à  Domoni (MOHELI) Jéjé (ANJOUAN) et Djoumoichongo -  Komioni (GRANDE COMORE);

à des revues tripartites entre PNUD, OMS et Gouvernement. Ces revues ont eu lieu tous les 2 ans pour apprécier et reformuler les nouvelles orientations;

à des ventes de moustiquaires, financés par l’UNICEF, dans le district de Foumbouni en juin 1997;

à des missions d’évaluations techniques effectuées par 3 experts.

Les activités menées entre 1993 et 1997 ont permis de tirer de nombreuses leçons, parmi lesquelles figurent:

à la nécessité d’inscrire le programme dans le budget national pour garantir sa pérennité;

à la nécessité d’intégrer le programme dans les activités des services de soins du Ministère;

à la grande utilité des poissons larvivores qui se sont révélés plus efficaces et mieux acceptés à long terme par la population que les traitements des citernes aux larvicides;

à l’importance de la sensibilisation et de la stimulation continue de la population pour la lutte contre le vecteur,

Ces activités ont permis aussi d’identifier et de cerner les raisons socio-culturelles influençant la participation communautaire dans les différentes stratégies de lutte contre le paludisme (par exemple les odeurs des insecticides, la taille des matériaux, les prix des moustiquaires...)

2.3 - Activités prévues pour la période 1998 - 2002

2.3.1 - Stratégies

La stratégie proposée pour lutter contre le paludisme aux Comores est basée sur les conclusions des expériences positives et négatives antérieures. Elle consiste en une approche intégrée, utilisant à la fois: (i) la prise en charge des cas, (ii) la lutte contre les vecteurs, (iii) la mobilisation communautaire et (iv) l’amélioration de la planification, de la coordination et de l’évaluation des activités de lutte contre le paludisme.

2.3.2 - Principales activités

2.3.2.1 - Prise en charge des cas

Le renforcement des activités de prise en charge correcte des malades consistera en l’amélioration du diagnostic et au traitement correct de la maladie. Il s’agit de développer les moyens de diagnostic clinique et parasitologique et d’assurer la disponibilité des médicaments antipaludiques dans les districts sanitaires.

Dès 1998, tenant compte de l’intégration de toutes les activités de soins dans les services généraux de santé, le programme de lutte antipaludique:

ð 1 - participera à la planification et à l’exécution des activités de formation du personnel de santé pour assurer une formation adéquate sur le paludisme;

ð 2 - mènera des activités  de supervision formative des services de santé;

ð 3 - organisera une rencontre annuelle d’un comité technique pour statuer sur l’utilisation des médicaments antipaludéens, et assurera la reproduction et la diffusion, au niveau de 17 districts sanitaires, des documents inhérents à la rencontre;

ð 4 - veillera à ce que les 17 laboratoires de districts soient adéquatement équipés en réactifs, que les microscopes soient en bon état et que la compétence des microscopistes soit maintenue, et corrigera les éventuelles déficiences;

ð 5 - surveillera la disponibilité en médicaments antipaludiques, corrigera les déficiences et assurera particulièrement la disponibilité de médicaments de deuxième ligne;

ð 6 - renforcera les activités du laboratoire central de parasitologie;

ð 7 - appuiera le fonctionnement des sept postes sentinelles créés en 1997 pour la surveillance de la sensibilité du parasite aux antipaludéens, et mènera des enquêtes de sensibilité dans les districts sanitaires selon les besoins.

2.3.2.2 - Lutte antivectorielle

La lutte antivectorielle sera basée sur: (i) l’utilisation à grande échelle des moustiquaires imprégnés d’insecticide; (ii) la lutte biologique par utilisation de poissons larvivores et (iii) des aspersions intradomiciliaires résiduelles ciblées.

2.3.2.3 - Moustiquaires et autres matériels imprégnés

L’objectif de cette activité est de promouvoir l’utilisation continue des moustiquaires imprégnés dans toutes les localités du pays et de faciliter leur disponibilité à un prix accessible. Les diverses expériences effectuées aux Comores ont montré que les moustiquaires sont généralement bien acceptées et désirées par la population, particulièrement à MOHELI, dans les zones à grande densité de moustiques. Le plus grand obstacle pour la généralisation de leur usage provient de leur prix. Une grande partie de la population trouve prohibitif le prix moyen de 40 US$ auquel sont vendus les moustiquaires à l’heure actuelle. On considère que l’utilisation des moustiquaires pourrait être améliorée par:

ð 1 - une réduction du prix,

ð 2 - une promotion continuelle et une distribution à travers les mécanismes existants de participation communautaire tels que les mouvements féminins, les associations gestionnaires, les comités de pilotage...

ð 3 - une assurance d’une réimprégnation régulière tous les 4 à 6 mois.

Les activités proposées sont:

ð 1 - Acquisition initiale par la Cellule d’Exécution du Projet CEP (par un appel d’offre international) de 50 000 moustiquaires. On estime le coût par unité à 10 US$;

ð 2 - Distribution de ces moustiquaires aux 17 districts sanitaires, à raison de 3000 moustiquaires par district pour établir un stock de renouvellement. Ces moustiquaires sont alors vendues au niveau des villages par les organisations communautaires villageoises. Un prix maximal suffisamment attractif sera imposé au distributeur, mais ce prix tiendra compte de sa marge bénéficiaire et de ses coûts administratifs;

ð 3 - Acquisition initiale, par la Cellule d’Exécution du Projet CEP (par appel d’offre international) de 600 litres d’insecticide pyrethrinoide;

ð 4 - Distribution de 600 litres d’insecticide pyrethrinoide d’abord aux 17 districts sanitaires puis aux points d’imprégnation.

ð 5 - Imprégnations sur toute l’étendue de leur juridiction. Les imprégnations se dérouleront lors des rassemblements au niveau des villages. On procédera à l’imprégnation de tous les moustiquaires existant au village et ceux qui seront vendus le jour du rassemblement. Les opérations d’imprégnation devront être répétées avec une périodicité de 4 a 6 mois. La longueur du cycle dépendra du type d’insecticide qui sera utilisé et des habitudes de lavage de la population. Comme les 600 litres d’insecticide livrés au Programme sont considérés comme un fonds de roulement, il sera procédé à un recouvrement des coûts auprès des bénéficiaires, au prix de 0,30 à 0,50 US$ par moustiquaire imprégné (dont 0,28 US$ pour le coût de l’insecticide). Les opérations d’imprégnation devront être conduites sous la responsabilité directe du technicien d’assainissement du district et sous la supervision de l’entomologiste et des techniciens entomologistes du niveau central avec la collaboration directe de l’épidémiologiste régional et du médecin chef du district. L’opération nécessitera à peu près 10 jours de travail intensif par district et tous les 4 à 6 mois.

2.3.2.4 - Poissons larvivores

La lutte biologique par utilisation de poissons larvivores constituera la principale mesure de contrôle dans l’île de la GRANDE COMORE où les citernes et les bassins d’ablution qui existent dans les maisons et les mosquées constituent les seuls lieux de reproduction des vecteurs du paludisme An. gambiae. Cette mesure s’appliquera aussi dans quelques localités d’ANJOUAN où les bassins d’ablution des mosquées constituent un très important gîte larvaire d’Anopheles. La population à protéger avec ce type de mesure est estimée a 345 000 personnes pour 69 000 maisons dans 241 villages (211 en GRANDE COMORE et 30 à ANJOUAN). Comme dans le cas des moustiquaires imprégnées, cette mesure doit être promue et appuyée à travers le système existant de participation communautaire et sous la supervision et l’appui du personnel de santé du district. Les activités consisteront en :

ð 1 - La construction de 7 bassins d’élevage et la réhabilitation de 2 bassins déjà existants. Et ce pour un coût de 800 US $ par construction et de 400 US $ par réhabilitation;

ð 2 - Supervisions par les niveaux central et niveau régional. Ces supervisions devront être continuelles mais particulièrement intenses dans: a) les périodes de formation et d’actualisation de la reconnaissance géographique; b) à la fin de la saison sèche (pour déterminer les bassins et les citernes asséchées ou ayant perdu leurs poissons, et pour identifier les citernes abandonnées qui peuvent être productives des Culex), et c) quand un problème spécifique apparaît, pour apporter une solution, ce problème pouvant être soulevé par les familles (par exemple la prolifération excessive des poissons).

2.3.2.5 - Aspersions intradomiciliaires d’insecticide

Cette mesure sera limitée aux zones de transmission intense de paludisme et de la filariose de Bancroft où la reproduction des vecteurs se fait dans une multitude de gîtes larvaires dispersés et difficiles d’accès. On rencontre cette situation à MOHELI et sur la côte sud-ouest d’ANJOUAN. Ces zones correspondent à  5 districts sanitaires, à savoir les 3 districts de l’île de MOHELI et 2 districts d’ANJOUAN (Pomoni et Sima). Avec une population de 65 000 habitants dans 13 000 maisons; il a été estimé (en 1989) que la surface aspergeable est de 100 mètres carrés par maison. L’insecticide qui sera utilisé devra faire montre de son manque de toxicité et de son acceptabilité du point de vue environnemental. Le choix se fera entre les pyrethrinoides, le fenithrothion. Les pyréthrinoïdes constituent le premier choix, au vu de son manque de toxicité et de son acceptabilité du point de vue environnemental. Si on avait la possibilité de choisir un  pyrethrinoide, le choix devrait prendre en considération deux nouveaux insecticides (dont l’OMS complète actuellement l’évaluation): le alfa cypermethrin vu son coût plus bas et l’etofenprox vu sa toxicité extrêmement faible. Le fénithrothion, qui s’est révélé complètement sensible en 1989, constituera le deuxième choix. Cet insecticide étant plus toxique que les pyrèthrinoïdes, son utilisation sera accompagnée de quelques mesures de protection et d’une vigilance toxicologique. Au vu de son caractère biodégradable, il est considéré comme acceptable du point de vue environnemental.

Le choix définitif de l’insecticide se fera sur la base des résultats des tests de susceptibilité programmés pour 1997 - 1998. L’insecticide qui sera utilisé sera sélectionné sur la base des résultats des tests de susceptibilité des vecteurs, plus particulièrement de Culex quiquefasciatus, qui est le principal vecteur de la filariose de Bancroft mais aussi la cause majeure de nuisance pour la population. Le contrôle de Culex quinquefasciatus assurera une meilleure collaboration de la population. Les activités à mener dans le cadre des aspersions intradomiciliaires consisteront en:

ð 1 - l’acquisition d’une quantité suffisante d’insecticide pour l’aspersion de 13 000 maisons d’insecticide 3 fois par an;

ð 2 - l’acquisition de 65 pulvérisateurs à pression préalable de 10 litres suivant les spécifications de l’OMS;

ð 3 - le recrutement temporaire 3 fois par an de 60 aspergeurs et de 12 chefs d’équipe;

ð 4 - la formation des aspergeurs pour une période de 30 jours dont 5 jours seront consacrés à leur apprentissage;

ð 5 - l’aspersion proprement dite des habitations. Chaque cycle d’aspersions devra être achevé dans cette période d’un mois;

ð 6 - Supervisions des équipes par l’entomologiste et les techniciens du service central avec la collaboration de 5 techniciens d’assainissement.

2.3.2.6 - Mobilisation communautaire

La mobilisation communautaire consistera à informer et à former les communautés à la lutte contre le paludisme par:

ð 1 - l’organisation, chaque année, de 3 Journées Nationales de Mobilisation Sociale en faveur de la lutte contre le paludisme;

ð 2 - l’introduction, dans les programmes scolaires, des feuillets d'information sur les maladies endémiques en général et sur le paludisme en particulier;

ð 3 - la production et la distribution de dépliants et de brochures à distribuer dans tous les lieux publics.

2.3.2.7   - Amélioration de la Planification, de la Coordination et de l’Evaluation

des activités de lutte contre le paludisme

Le Service de Lutte conte les Maladies à transmission Vectorielle (SLMTV) est chargé d’assurer la promotion, la coordination et l’évaluation des activités visant la réduction du paludisme, de la filariose et des autres maladies transmises par les vecteurs. Pour aider ce service à mieux s’acquitter de ses responsabilités, le projet financera les activités suivantes:

ð 1 - Réhabilitation des locaux et de 2 laboratoires centraux du programme;

ð 2 - Equipement de la direction du programme de 2 micro ordinateurs portables, accessoires, logiciels et fax;

ð 3 - Equipement de la Direction du Programme d’un véhicule tout terrain pour la supervision des activités de lutte antivectorielle;

ð 4 - Assistance technique ponctuelle au SLMTV;

ð 5 - Activités de supervision;

ð 6 - Recherche opérationnelle. Elle devra être ciblée sur la délimitation, l’étude et solution des problèmes opérationnels rencontrés dans l’exécution du programme. Des termes de référence pourront être élaborés et la prise en charge sera effectuée par la Cellule d’Exécution du Projet (CEP) sur les fonds de l’assistance technique.

3 - Analyse micro-économique de la composante

La mise en place d’un réseau de diagnostic et de traitement contre le paludisme en utilisant les structures de santé primaires et en améliorant leurs prestations, conduira à une amélioration de l’accessibilité de la population à haut risque d’infection paludéenne aux soins de santé.

Parmi les conséquences immédiates de ce projet, on peut citer l’amélioration de la qualité de vie de la population puisque le projet va permettre:

à de réduire le nombre de décès dus au paludisme, surtout chez les enfants, et les impacts indirects du paludisme chronique qui est la cause principale d’anémie, de faible poids à la naissance, de morbidité et de mortalité maternelle;

à de réduire les nuisances dues aux insectes domestiques (poux, punaises…)

à de réduire les vecteurs de la filariose de Bancroft et les effets incapacitants de cette maladie.

En outre, la diminution de la durée de la maladie, suite à un traitement précoce et à la diminution de cas de paludisme, suite à la chimioprophylaxie et la lutte antilarvaire, amènera d’une part une diminution du coût de la maladie, et d’autre part un gain de journées de travail du secteur productif de la population, c’est-à-dire à un gain économique.

On estime pour 1997 les coûts sanitaires directs liés au paludisme à 694 930 US$ pour les hospitalisations, à 2 396 117 US$ pour les actes et soins médicaux, à 148 983 US$ pour les consultations et à 61 009 US$ pour les médicaments, soit un total de 3 301 039 US$ de coûts sanitaires directs liés au paludisme.

En ce qui concerne la perte de productivité due à la maladie, on estime qu’un individu adulte fait en moyenne deux accès de paludisme par an. En considérant une perte de 7 jours de travail par accès et une population de 235 527 habitants de 15 à 54 ans, ainsi qu’une moyenne de 3 US$ par journée de travail, cela équivaut pour le secteur productif à un manque à gagner d’environ 8 243 445 US$. Transformer ces estimations en perte de productivité est bien difficile soit parce que le pourcentage de chômage est très élevé, soit parce qu’il manque beaucoup d’éléments pour pouvoir la calculer.

Toutefois, il ne fait aucun doute que l’infection paludéenne est un des facteurs qui influencent négativement le développement socio-économique du pays. Une enquête effectuée par le service national des statistiques a estimé le coût de prise en charge du paludisme par la population à plus de 2 500 000 US$ par an.

Enfin l’impact de ce projet va aussi porter sur le marché touristique des Comores. Il n’échappe en effet à personne que les difficultés engendrées par le paludisme, tant au niveau préventif que curatif, constituent un frein au développement du tourisme.

Ce projet s’inscrit pleinement dans la stratégie élaborée à la conférence d’Alma- Ata. En effet, il s’intègre dans les services de santé primaires dans le but d’apporter aux populations les moins desservies, des soins pour une maladie qui occupe le premier rang des priorités sanitaires du pays.

La stratégie qui le sous-tend est celle d’une approche horizontale aux différents niveaux du système de santé de base par l’utilisation de personnel polyvalent supervisé par un noyau de spécialistes dans le domaine spécifique du paludisme. Les objectifs du programme sont notamment exprimés autour des indicateurs de mortalité et du nombre d’enfants de moins de cinq ans décédés à cause du paludisme. On envisage en effet de ramener l’indicateur de mortalité des enfants de moins de cinq ans de 100 pour 1000 au début du projet à 90 pour 1000 à mi- parcours et à 75 pour 1000 à la fin du projet. Le nombre de décès d’enfants de moins de cinq ans pour cause de paludisme sera ramené à 800 au début du projet à 700 à mi- parcours et à 500 à la fin du projet.. Le programme de lutte contre le paludisme, tel qu’il est envisagé, devrait permettre de sauver en quatre ans environ 1 286 personnes dont 1 013 enfants de moins de cinq ans (ces chiffres n’incluent pas les vies qui seront sauvées grâce aux effets continus du projet qu’il soit ou non reconduit en l’état ou à moindre échelle). Il devrait ensuite permettre de réduire les coûts occasionnés par le paludisme de 80% pour les hospitalisations, de 65% pour les actes et soins médicaux, de 60% pour les consultations et enfin de 60% pour les médicaments.

Au total, sur l’ensemble des quatre années de réalisation du programme, on espère une réduction des coûts sanitaires directs liés au paludisme d’environ 62,4%. Par ailleurs le seuil de rentabilité de l’action (économie minimum à réaliser pour récupérer le coût du programme) correspond à une économie de 29% des coûts sanitaires directs liés au paludisme. Or le programme prévoit de réaliser une économie de 62% des coûts sanitaires directs liés au paludisme. Par conséquent, la marge de rentabilité de 33% est très large et les risques de pertes financières extrêmement faibles.

Tableau n°:29:  Analyse coûts-bénéfice de la composante

Analyse coût- bénéfice

1996

1997

1998

1999

2000

2001

2002

Total

1999-2002

Coûts sanitaires directs liés au paludisme

3 236 312

3 301 039

3 367 059

3 434 401

3 503 089

3 573 150

3 644 613

14 155 253

dont hospitalisations

681 304

694 930

708 829

723 005

737 466

752 215

767 259

 

dont actes et soins médicaux

2 349 134

2 396 117

2 444 039

2 492 920

2 542 779

2 593 634

2 645 507

 

dont consultations

146 061

148 983

151 962

155 002

158 102

161 264

164 489

 

dont médicaments

59 813

61 009

62 229

63 474

64 743

66 038

67 359

 

Effets de réalisation du programme (%)

 

 

 

 

 

 

 

 

dont hospitalisations

0%

0%

0%

60%

65%

70%

80%

 

dont actes et soins médicaux

0%

0%

0%

55%

60%

65%