Moroni, Comores (PANA) --
Extrait d’article traitant de la santé mentale aux
Comores
Le village
de Zivandani, dans la région d'Itsandra aux Comores reçoit régulièrement, des quatre coins du
pays, des visiteurs venus non pas pour des curiosités touristiques mais pour
rencontrer un jeune homme à l'allure ordinaire.
Mais maître Chanfi n'est
pas un homme ordinaire. Il sait, dit-on, parler aux Djins (esprits).
Chaque jour, il reçoit donc
dans sa modeste maison en tôles ondulées des dizaines de malades mentaux amenés
par leurs familles croyant au miracle d'une guérison.
Le jour de notre passage,
il y avait, parmi ses visiteurs du jour, un jeune homme venu spécialement d'une
grande ville française envoyé ici par ses parents, des émigrés comoriens.
"En réalité, je n'ai
aucune solution pour les malades de la drogue. Par contre, pour les autres
dysfonctionnements, le taux de guérison est correct", déclare, serein, le
maître des Djins.
Maître Chanfi et bien
d'autres devins constituent le dernier espoir de ces familles. En l'absence de
toute structure moderne d'accueil de leurs malades mentaux, les familles n'ont
d'autres alternatives, sauf à les enchaîner.
"Certains médecins
tentent de résoudre le problème en utilisant des camisoles chimiques",
soupire la mère d'un malade.
Cette maman craint
d'ailleurs que toutes les drogues administrées à son fils ne finissent par
éliminer, à long terme, toute possibilité de guérison.
La journée mondiale de la santé consacrée, cette année, aux
maladies mentales, aura contribué à mettre en lumière combien les malades
mentaux sont ignorés par les structures officielles qui prennent en cela le
relais de la société traditionnelle sans pitié avec les "fous".
"Il n'est quand même
pas normal qu'il n'y ait aucun psychiatre dans ce pays en 2001", se plaint
le père d'un jeune malade, qui a dû amener son fils en Tanzanie.
Faute de prise en charge de
ces malades par la médecine moderne, les devins prospèrent.
Et puis, en l'absence de
spécialistes, ces maladies gardent toute la charge de mystères et de croyances
qui les enveloppe depuis les temps immémoriaux.
C'est ainsi que l'on
continue, dans la plupart des familles comoriennes à croire que ces troubles
proviennent d'un sort jeté par des gens méchants et jaloux.
Alors, ces familles se
ruinent chez des marabouts qui n'ont pas tous, loin de là, l'efficacité de
maître Chanfi.
D'autant que, pour la
première fois depuis longtemps, ces thérapies bénéficient d'une certaine
compréhension des médecins issus de l'école occidentale qui n'hésitaient pas,
jusque-là, à les traiter de charlatans.
Pour le Dr Nassuri Ahamada,
"il n'est pas contre-indiqué à ces malades de voir des guérisseurs
traditionnels".
Cet avis est partagé par le
directeur général de la santé,
le Dr Mohamed Moussa Mliva.
Il faut souligner que ces
maladies touchent 11,6 pour cent de la population, selon un rapport officiel.
"Elles ne sont pas
bien connues et une confusion est faite entre les différents troubles",
relève un document du bureau de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Moroni.
Certes, le ministre de la Santé, M. Athoumane Jaffar Abbas,
a affirmé l'engagement du gouvernement comorien à lutter contre ce genre de
troubles, mais dans la pratique, "il n'existe ni politique ni mesure
spécifique en vue de faire face à ces problèmes", selon un haut fonctionnaire
du ministère de la Santé.
Un ancien directeur général
de la santé, le Dr Mbayé
Toyb, avait préconisé, en son temps, de privilégier la construction de chambres
fortes dans les centres hospitaliers existant au lieu d'envisager un projet de
centre psychiatrique.
Ces propositions n'ont eu
pour l'instant aucun écho.
Comme le reconnaît, le
directeur de l'Education sanitaire, M. Djamaldinne Chanfi, les responsables de
la santé en sont encore à
se demander ce qui doit être fait dans ce domaine.
En attendant, des centaines
de personnes atteintes restent chez elles sans soins. Plus grave, elles font
l'objet d'une ségrégation sans pitié. Même guéris, elles ne pourront réintégrer
la société qui est encore fortement marquée par des prénotions d'un autre âge.
Or, les
praticiens s'attendent à ce que le nombre de cas de troubles mentaux augmentent
à cause des effets de la consommation drogues, puis des drames individuels
liées à la montée de la pauvreté et à cause surtout des traumatismes
individuels causés par les problèmes politiques qui ont séparé des familles,
ébranlé des croyances profondes et fait perdre des biens et des positions à de
nombreuses personnes dans les îles de l'archipel.
-0- PANA
AM/BSD 15 avr 2001