Les collectes humanitaires de médicaments pourraient être restreintes
ARTICLE DU JOURNAL LE MONDE
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3226--258708-,00.html
VA-T-ON RESTREINDRE l'usage à des fins humanitaires des médicaments
récupérés dans les pharmacies ? Le débat est actuellement engagé par le
ministère de la santé et suscite les craintes de plusieurs organisations non
gouvernementales. Ces dernières redoutent de se voir
privées de tout ou partie de leur source d'approvisionnement.
La discussion est née à l'occasion de la préparation d'un décret, prévu
pour l'été 2002, ayant pour objet de renforcer le statut juridique de
Cyclamed. Cette association agréée, placée sous l'égide du conseil national
de l'ordre des pharmaciens et financée par les laboratoires pharmaceutiques,
organise depuis 1993 la collecte par les officines des médicaments qui n'ont
pas été utilisés par les particuliers. Plus de 11 000 tonnes de déchets
issues de médicaments ont ainsi été récupérées en 2000 sur les quelque 70
000 tonnes que jettent chaque année les Français.
La majeure partie de ce stock est incinérée. Mais douze associations,
les plus actives étant Pharmaciens sans frontières et l'Ordre de Malte, sont autorisées à effectuer un tri préalable. Elles piochent
gratuitement et redistribuent tout aussi gratuitement dans différents pays
pauvres ou dans des dispensaires français les médicaments réutilisables. 713
tonnes, soit l'équivalent de 11 millions de boîtes, ont ainsi été recyclées
en 2000. La valeur marchande potentielle de ces dons se
chiffre en millions d'euros, même s'ils sont destinés à des malades n'ayant
pas les moyens de se payer un traitement.
Mais la collecte humanitaire a donné lieu à des abus qui posent un
problème déontologique. "Des bonnes volontés envoient parfois n'importe
quoi", regrette Marie-Agnès Cros, directrice générale de Pharmaciens
sans frontières. Qu'elle s'exerce à l'égard de l'Algérie ou de la Roumanie,
la générosité européenne est parfois désordonnée. De la Nivaquine ou des patchs antitabac ont ainsi été envoyés en Bosnie et des
crèmes contre les coups de soleil en Afrique noire.
Ailleurs, des stocks ont été détournés par les belligérants ou des
potentats locaux qui les revendent sur des marchés parallèles.
En juillet 2001, le ministère de la santé a convoqué les organisations
humanitaires agréées pour discuter du système. Il appuie sa volonté de
réforme sur une charte de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui
préconise un usage sérié de la redistribution gratuite, la déconseillant
notamment dans les pays en guerre. "Notre position n'est pas d'interdire le réemploi mais d'en resserrer l'application",
explique-t-on au ministère.
Un des principes serait qu'aucun envoi ne se fasse sans demande préalable d'une autorité médicale du pays. "Il faut que la
redistribution s'appuie sur un contrôle pharmaceutique, en partenariat par
exemple avec des dispensaires de brousse", confirme
Jacques Aumonier, secrétaire général de Cyclamed.
Mais certaines préventions à l'encontre des redistributions humanitaires ne
tiennent pas qu'à l'éthique. Des acteurs pharmaceutiques réprouvent pareilles
largesses. "Certains laboratoires voient d'un mauvais oeil ces dons et
préféreraient que tout soit détruit", explique Marie-Agnès Cros.
"Les craintes des associations ne me paraissent pas fondées", assure
M. Aumonier. Malgré ces propos rassurants, ces dernières restent vigilantes.
Elles viennent de lancer une pétition, partant du principe que mieux vaut
prévenir que guérir.
Benoit Hopquin
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ReMeD a adressé la réponse suivante au Monde, le débat est ouvert; ce serait
bien si des témoignages en provenance d'Afrique parvenaient à ce
journaliste. Nous comptons sur vous.
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De : Carinne Bruneton [mailto:remed@remed.org]
Envoyé : jeudi 17 janvier 2002 12:43
À : hopquin@lemonde.fr
Cc : Serge Barbereau
Objet : Restreindre ou interdire les dons issus des collectes de médicaments
Restreindre ou interdire les dons issus des collectes de médicaments.
Suite à la découverte de 340 tonnes de médicaments périmés à Mostar
(Bosnie), l'administrateur Européen de cette ville a demandé en 1995 à la
Commission Européenne de mobiliser les Etats membres contre les envois
anarchiques de médicaments. Cette mobilisation s'est concrétisée notamment
par le soutien à une campagne Européenne d'information menée par des Ong sur
les bonnes pratiques du don en médicaments. La partie
française est réalisée par l'association ReMeD qui a édité une plaquette
"Des principes pour une action efficace". Dans les pays en voie de
développement, nous voyons se mettre en place des chartes
pour améliorer la qualité des dons, chartes excluant les médicaments de
récupération, en conformité avec les principes directeurs de
l'OMS. Nous préconisons une interdiction de l'exportation de tels produits de
récupération à l'échelle Européenne. Sortis du circuit pharmaceutique, leur utilisation est d'ailleurs interdite en France.
Serge Barbereau
Vice-Président ReMed Réseau Médicaments et
Développement
35 rue Daviel
75 013 Paris
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fax 33 1 53 80 20 21
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PS: vous trouverez notre plaquette "Dons de médicaments : Des principes pour une action efficace" ainsi que
différents documents utiles à l'adresse suivante http://www.remed.org/html/fr_dons.html
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