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Atelier DRSP - Discours
d'Anjouan |
Atelier National de
Validation du DSRP Intérimaire
Anjouan, le 5 mai 2003
Discours de M. Wolfgang
Fengler, Représentant de la Banque mondiale
Merci
beaucoup Sharif, merci beaucoup chers amis, merci cher Vice-président de l’Union,
merci cher Ministre des Finances de l’Ile Autonome d’Anjouan, merci beaucoup
chers Hauts Responsables et Ministres, et merci beaucoup au Comité d’Orientation
qui a lancé ce processus avec la coordination très efficace de M. Ben Imani,
merci beaucoup.
D’abord
j’aurais voulu souhaiter un bon anniversaire au Président de l’Ile, mais
malheureusement il n’est pas ici aujourd’hui, je le ferais donc plus tard.
Comme vous
le savez j’ai été ici plusieurs fois et j’ai des relations très personnelles
avec beaucoup d’entre vous. J’ai beaucoup d’amis ici, j’ai beaucoup appris
dans ce pays et j’aime beaucoup ce pays, notamment Anjouan. C’est en tant
qu’ami je me permets à cette occasion d’être franc avec vous.
Je ne sais
pas si vous le savez, mais je l’espère, votre pays se trouve dans une crise
extrêmement profonde - extrêmement profonde ! Et je n’ai pas toujours le
sentiment que les gens comprennent l’ampleur de la crise. Si tout s’était bien
passé avec la transition, la nouvelle constitution, entente entre les
présidents et les administrations, si tout cela s’était bien passé vous auriez
eu, probablement, un financement à la hauteur de trente millions de dollars
dans le cadre d’une conférence de bailleurs de fonds. En douze mois, vous avez
donc déjà perdu environs trente millions d’Euros. Réfléchissez sur l’impact !
C’est quand même énorme pour un pays dont le budget est de vingt millions de
dollars ! On comprend alors que certains membres de la communauté
internationale soient un peu désespérés par rapport au processus et à la
situation de ce pays.
Il y a une
chose où les Comores sont les premiers au monde – champions de monde en nombre
de ministres par habitant. Si la Chine aurait le même taux de ministres, la
Chine aurait des centaines de milliers de ministres ! Dans ce domaine là, vous
êtes les premiers au monde. Par contre, les Comores sont probablement le seul
pays au monde où il n’y a toujours pas de téléphone portable et où bientôt il
n’y aura peut-être plus que Yemenia et Sudan Airways à desservir les
destinations internationales. L’écart entre l’administration et les services
représente un contraste que l’on voit quand on vient de l’extérieur, un
contraste que nous devons défendre envers nos supérieurs. Et quand on
considère la privatisation du port d’Anjouan, vous avez été tellement libéraux
que vous l’avez privatisé deux fois !
Quel
rapport avec le développement social ? La réponse est simple : Si vous
dépensez la plupart de votre argent aux ministères et pour l’administration,
si vous rejetez les investisseurs sérieux, il y a un manque de financement
pour les affaires sociales, pour l’éducation et la santé, et c’est ce que l’on
voit aujourd’hui.
Hier, le
Président, moi-même et nos équipes sommes montés à la ville de Jimlimé.
Monsieur le Ministre des Finances était d’ailleurs parmi les plus rapides à
monter. C’était une très bonne expérience pour nous tous car c’était dur, dur
de monter et dur de descendre. Ça nous a fait un peu vivre la vie normale des
gens de là-haut. Nous n’avions pas les vêtements adéquats, mais nous sommes
arrivés, et nous avons pu voir la dignité de la population de Jimlimé et leur
accueil chaleureux. Pour moi, c’était une réalisation importante. C’est un peu
le malheur de ce pays, de voir la richesse de certains officiels d’un côté, et
la pauvreté de Jimlimé de l’autre. C’est un peu le malheur de ce pays que j’ai
vu ces derniers jours.
Dans ce
contexte-là, je me pose quelques questions : Ne pourrait-on pas réduire le
nombre de ministres ? Pourquoi est-ce que Jimlimé reste enclavé, sans route,
alors que l’on voit beaucoup de voitures neuves dans les administrations
partout. Ne serait-il pas envisageable d’investir dans le secteur de l’eau –
car qu’il y a beaucoup de gens ici qui n’ont pas accès à l’eau – et dans des
systèmes sanitaires de base en réduisant le nombre de voyages officiels ou en
ne pas voyageant en classe affaires ?
Malgré tout
ce que je viens de dire, je tiens tout de même à féliciter M. Ben Imani et
l’équipe qui a géré le DSRP. D’après ce que j’ai compris, dans cette phase
difficile que votre pays a traversée, c’était un outil pour un dialogue où
vous étiez tous impliqués. Ce que je me dois d’ajouter sur le processus du
DSRP, est que j’aurais souhaité, et je souhaite encore, que vous imaginez une
stratégie pour ce pays basé sur une vision sans aide des bailleurs. Je
répète : sans aide aucune. Une vision de ce qu’il faudra faire pour sortir ce
pays de la crise, comme l’a fait l’Ile Maurice il y a vingt ans, un pays de la
région qui ressemble beaucoup au votre, qui est sorti de la pauvreté et qui
maintenant ne reçoit aucune aide extérieure.
Voilà mes
réflexions pour provoquer le débat. Merci beaucoup pour votre attention et je
vous souhaite beaucoup de succès.
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