
Ci
dessous un extrait
de son recueil
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L'Auteur
Nassuf DJAILANI, né à
Mayotte en 1981, après des études secondaires à Marseille, il prépare un
DUT de Journalisme à l’IUT Michel de Montaigne de Bordeaux, ainsi qu’un
DEUG d’Histoire à l’Université de Bordeaux III. |
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Préface
Nous nous sommes croisés en 1996.
Tel un papillon de nuit attiré par la lumière, il était finalement venu se
joindre au groupe d'élèves intéressés par la conception et la rédaction de
« TAM-TAM », le journal du collège. Il était un parmi les autres, souriant
mais plutôt en retrait, ne cherchant surtout pas à se mettre en évidence.
Aussi, ne le connaissant pas par ailleurs, je ne l'ai pas remarqué.
C'est en 1997 qu'il est sorti de sa réserve en créant « ex nihilo » le
premier journal de « brousse », le mensuel « LISEZ-MOI ». Vous avez bien
lu « brousse », un vocable qui invite à l'Afrique. C'est d'une Afrique
particulière qu'il s'agit puisque nous sommes à Mayotte, une terre
comorienne à la croisée des courants marins et humains avec tout ce que
cela comporte d'apports successifs. Et il ne faut pas considérer ces
apports en tant que strates : les agissements humains ne sauraient se
comparer au processus physique de sédimentation. Entre confrontations,
métissages et syncrétismes, en s'affranchissant d'un certain ordre établi,
en osant affronter les réactions mesquines, jalouses ou passéistes des uns
ou de certains autres, afin aussi d'inscrire sa vie et le parcours de son
île dans un destin planétaire, il revendiquait et usait d'un droit à la
parole d'un côté, d'un droit à l'information de l'autre.
Dans une indifférence générale confinant au mépris, j’ai apporté ma
pierre, bien modestement. Nous avons fait connaissance presque
exclusivement autour de cette exigence de modernité pour Mayotte, son
parcours personnel ne se dévoilant que par bribes aussi brèves que
discrètes.
Il a fallu l'exil, l'arrachement, le déracinement - comment nommer en
effet ce grand départ pour d'autres cieux quand on s'envole de son île
tropicale pour le ciel changeant de la métropole ? – pour que l'homme en
devenir dévoile l'enfant révolté, l'adolescent perturbé qu'il fut tour à
tour.
Cet homme en devenir couche ses blessures sur le papier pour mieux les
apprivoiser. Les aigris rappelleront que « le moi est haïssable »,
excusez-moi de penser que ce « moi » est admirable s'il se rapporte à
Montaigne, excusez-moi d'avancer que ce « moi » reste en tous points
respectable s'il se rapporte à tout homme quel qu'il soit, pourvu qu'il
soit capable d'avouer – il ne s'agit pas d'étaler - sa fragilité intime.
En littérature, la poésie est le support le mieux adapté lorsqu'on dévoile
son questionnement secret et ses cicatrices personnelles. Au-delà des
prétentions potentielles, il y a le partage avec ceux qui ressentent
ainsi, ceux qui n'oseraient pas en parler et ceux qui sont empêchés de
dire. Il s'agit juste de communier, cela rassure et permet de continuer la
route...
Bon vent Nassuf, ami et petit frère chez les humains... Un homme seul est
une humanité entière...
J.F.DEDIEU. |
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ECRIRE
pour se délivrer cette masse
crasse qui pèse ton corps
qui croule sous son poids
lourd
Ecrire
pour dire toute la souffrance
Ecrire,
pour tenter de comprendre
Ecrire
pour ne pas se mourir
Ecrire
pour forcer la nature
hostile
Ecrire
pour déclarer sa flamme
à cette île lointaine,
si proche cependant
dans les souvenirs
Ecrire
pour canaliser cette rage
qui anime l’homme,
pour la rendre créatrice
et la faire germer
Ecrire
pour le plaisir de se faire violence
à chercher les mots justes
pour exprimer le mal être
indescriptible
mais dont il est urgent
de diagnostiquer
Ecrire
donc pour ausculter tous les recoins
à l’affût de tous les maux
de ce corps qui se tords
de sa belle souffrance
martyrs
ã
Djailani Nassuf |