| La
Littérature Comorienne |
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LITTERATURE - IIIè partie |
Introduction :
Après
une revue générale de la littérature des îles de l'océan indien dans le premier numéro, nous avons fait un bref aperçu
de la langue comorienne sans toutefois approfondir l'argumentation, ce qui m'a valu
quelques remarques justifiées de notre ami " Ahmed CHAMANGA "dont j'ai
personnellement apprécié l'intervention : je vais en donner les raisons en apportant
quelques explications :
- Dans ce numéro,
nous allons une fois de plus, nous placer dans un contexte insulaire pour
découvrir - le fonctionnement d' une
littérature dont on fera dans les prochains numéros, une présentation de chaque
île de
- l'océan indien afin de trouver ce
qui caractérise leur littérature et pour mieux cerner et dégager les différences mais
aussi les liens, les paradoxes et les ressemblances qui constituent la littérature
insulaire.
Egalement dans
le prochain numéro, un article sur le monde de l'édition pour les ambitieux que nous
sommes et qui désirons nous faire éditer un jour ou l'autre; nous verrons ensemble, les
conditions et les multiples pièges à éviter.
Apport d'informations
supplémentaires sur le dernier numéro concernant la langue comorienne !
Les remarques de
Ahmed CHAMANGA portaient sur les trois questions
suivantes :
- 1/ En quoi le fait qu'il n'y ait
pas une seule langue écrite, proviendrait- il des variantes dialectales ?
- 2/ En quoi la
variété dialectale
de la Gde Comore serait-elle plus archaïque et plus complexe ?
- 3/ En quoi le parler Mahorais
(Mayotte) a pu être considéré comme la langue commune....?
Réponses
- 1/ dans cette question,bien que la
remarque soit justifiée, l'incompréhension vient d'un manque effectif d'analyse
approfondie de l'argumentation dû pour ma part à un manque de temps lors de la
rédaction
du numéro;
- cela étant, à partir du moment
où je précise que " malgré les variantes dialectales
existantes entre les îles, l'intercompréhension est réelle puisque ces dialectes sont
très proches, mais que "le fait qu'il n'y ait pas je dirai une seule langue écrite
ou parlée", provient peut-être* de ces variantes dialectales.Je veux
dire par là que ces dialectes sont morphologiquement différents mais appartiennent à un
même ensemble, le comorien.(chacun reste libre libre de s'interroger,d'ou le peut-être*).
-
- 2/ dans la deuxième remarque, il
faut en lisant,laisser une place au lecteur afin qu'il puisse pénétrer dans le sujet et
chercher à compléter lui-même ce qui peut manquer: cela veut dire qu'il ne faut pas tout
dire ni cacher l'essentiel, mais plutôt amener le lecteur à s'interroger et à
s'auto informer ou à chercher à s'informer d'avantage, d'où l'intérêt que doit suscité
le texte.
- Il faut retenir dans la phrase
principale,l'importance du verbe"sembler", qui laisse planer
l'incertitude ou qui marque l'interrogation !au lecteur donc de comparer l'ensemble.
- Pour ce qui est des détails
morphologiques et grammaticales,je crois cela pourrait faire l'objet d'un numéro
spéciale avec une large contribution de notre ami CHAMANGA, qui est mieux placé que
quiconque pour en parler!
Dans le numéro du mois de juin,
vous aurez un résumé des références sur la langue comorienne,les dialectes et la
grammaire, écrites par différents auteurs dont des comoriens comme Ahmed CHAMANGA pour
ne pas tous les citer ici.
3/ Pour ce qui est de la
troisième question, je dirai en toute simplicité que dans la mesure ou mon
argumentation repose sur le fait que " le parlé mahorais est la langue de l'île où
à longtemps été fixé la capitale de l' archipel, (jusqu'en 1966 ou Saïd Mohamed Cheikh la transféra à Moroni) si ma
mémoire est bonne,a pu être par moment considéré comme la langue commune en
raison raison du pouvoir et de l'influence que cela pouvait exercer au yeux des observateurs: ceci est un
constat qui n'enlève en rien le fait que le Shimaore et le Shindzuani soient très
proches, ni que le Shimwali sert de trait d'union entre les trois autres.
LE FONCTIONNEMENT D'UNE LITTERATURE
Celui qui veut comprendre le fonctionnement concret d'une littérature nationale
doit prendre en compte l'origine des textes ( qui parle ou écrit? en se fondant sur quelle légitimité ?
en utilisant quel canal et quel type de diffusion ?), le public visé et le public
effectivement atteint ( quelle sont les procédures de reconnaissance des oeuvres
littéraires ? Quels sont les modes de lecture des textes ?), l'objet même de ces textes,
leur thème, leur mise en forme.
- Il apparaît
vite qu'une littérature nationale n'est pas un ensemble clos et unifié. Le singulier est
trompeur, car il masque la pluralité des fonctionnements littéraires.
- Dans les ensembles littéraires de
la langue française aux îles de l'océan indien, on distinguera par exemple plusieurs
modalités littéraires assez nettement différenciées, en fonction de la situation des
écrivains, de leurs stratégies d'écriture,
de la circulation des textes.
- La littérature des voyageurs
n'est pas celle des colons, de même, celle des insulaires se distingue de celle
des exilés.
I-
LA LITTERATURE DES VOYAGEURS
- Elle réunit un
ensemble très abondant de texte rédigés par des européens à partir de leur voyage aux
îles, réel ou imaginaire. Il s'agit essentiellement de récits de voyage, d'études mais
aussi des romans ( comme Paul et Virginie de l'île Maurice ) le 1èr roman insulaire, des
oeuvres rapportés des croisières des îles, voire des poèmes ( dont l'exotisme des
îles a pu influé, comme les "fleurs du mal"). Ces textes de voyageurs
appartiennent pourtant et de plein droit à la littérature Française ou
Européenne).
Tous participent d'une volonté de prise de possession des îles:métaphorique,en ouvrant
à l'imaginaire de nouvelles provinces exotiques; littérale, car les premiers
récits de
voyage sont souvent des invitations à la découverte, à la conquête. Mais en retour,
ils ont suscité aux îles une attention toute particulière et ils y ont trouvé des
lecteurs prompts à réagir; les textes des voyageurs présentent aux insulaires les
miroirs où ils peuvent contempler leur image,plus ou moins ressemblante, plus ou moins flattée ou déformée.D'où cette
curiosité, toujours en éveil, toujours renouvelée, narcissique ou courroucée, des
habitants des îles pour les livres qui leur révèlent ce que croit voir le regard des
autres.
- Il faut par
nécessité,pour
référence,une oeuvre par exemple, qui féconde l'imaginaire populaire ou bien
l'intégrée aux programmes d'enseignements pour que les enfants apprennent à déchiffrer
les images de leur société et de leur culture, à reconnaître
les présupposés, à critiquer les préjugés, ces oeuvres entrent dans la littérature
des îles qui,peu à peu,s'approprient des textes à l'origine écrit sur elles et non
pour elles.
- L'usage insulaire de la
littérature des voyageurs met en jeu des désirs et des stratégies de lecture qui la
font sortir de la " littérature française" proprement dite.
II- LA
LITTERATURE DES COLONS
- La littérature des colons
prolonge celle des voyageurs,au point que la distinction semblera parfois difficile à
soutenir: pourquoi ?
- Eh bien parce que les colons sont
des voyageurs qui se sont installés. Et cette " installation "
entraîne une
conséquence importante.
- Si un colon écrit, il le fait
depuis la terre de son établissement; son regard perd l'extériorité de celui du
voyageur; son point de vue tend à se séparer de celui de la "métropole".
- Il reste que les marques
littéraires n'en sont pas toujours aisément décelables.
- Les colons ont beaucoup écrit,
surtout à Maurice et à la Réunion, mais aussi à Madagascar pour attester par la
poésie notamment une présence culturelle française.
III-
LA LITTERATURE DES INSULAIRES
- Elle est, celle qui coupe, ou qui
manifeste la volonté de couper le cordon ombilical qui reliait encore la littérature des
colons aux centres de culture métropolitaines. Elle se définit par la
situation des écrivains qui revendiquent leur île comme lieu d'origine de leur projet
littéraire, par l'accent mis sur le destinataire ( on affirme ici, écrire d'abord pour
ces compatriotes ), par la convergence des imaginaires, centré sur l'île même ( on
souligne sa préoccupation d'explorer, inventer , créer ou fonder une identité insulaire
).
- D'étonnantes parentés
thématiques peuvent se révéler d'une île à l'autre par des mythes d'origines ou des
contes. Cette littérature des insulaires proclame toujours son autochtonie, c'est à dire
son enracinement dans le lieu maternel de l'île.
IV-LA LITTERATURE DES EXILES
- La littérature des
exilés est celle de ces insulaires qui, entraînés dans le tourbillon littéraire des
métropoles deviennent d'excellents écrivains français,ou d'excellents écrivains
d'origines " X " résident en métropole.
- cependant l'exilé
oublie rarement ses origines. Il le maintient en lui comme sa province
mentale, un refuge préservé par l'imaginaire ou un lieu à retour par
l'écriture.
-
- Tout exilé se
réserve d'écrire
un jour son "cahier d'un retour au pays natal". Il rencontre alors aux îles un
public plus attentif,prompt à applaudir des oeuvres auréolés du prestige de ceux qui
ont réussi aux métropoles littéraires. Et ces oeuvres, qui ont fait le détour de
l'étranger, sont peut-être plus libres dans leurs discours sur le pays natal ( il est des choses qu'on ne
dit pas quand on reste à l'intérieur du cercle familial ), mais elles restent secrètement
destinées à ceux qui, seuls, sauront saisir les allusions et déchiffrer tout
l'implicite culturel: nul n'est prophète qu'en son pays.
CONCLUSION
- L'explication de ces quatre formes
d'expression littéraire nous montre ou nous apprend que dans notre jeune histoire
littéraire, chacune de nos quatre îles offre un espace possible à
l'expression
culturelle.
- Elles nous montrent que la
hiérarchie des langues et des manifestations culturelles sont fille de l'histoire.
- La société comorienne,
étouffée par la situation coloniale,bafouée par les affaires politico
corruptives
nationales, dessoudée par les conflits internes, doit se recomposer et panser ses
plaies.
- Notre histoire, notre culture et
notre société doivent prendre la place dans nos écrits.
-
- Usez de la réalité comme de
l'imaginaire, à la place du voyageur ou du résident, mais faites que l'histoire demeure
dans nos coeurs, dans les esprits et les écrits.
- Le développement de la
littérature comorienne n'attend que nous, étudiants, travailleurs, hommes et femmes,
curieux et attachés à notre culture, à nos valeurs, curieux aussi de la culture de nos
voisins, mais aussi un large public de langue française, aux
départements universitaires d'études divers, en attendant l'éclatement de sensations
littéraires nouvelles et fortes pour l'ensemble des Comores.
Ahmed ABOUDOU
MweziNet 1999
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