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| La
Langue Comorienne |
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ECRITURE DES LANGUES COMORIENNES
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A l'initiative de l'I.A.F., s'est tenu au Conseil général de Mamoudzou
(Mayotte) le 30 novembre 1998, une conférence-débat sur le thème : "Peut on
écrire le shimaoré ?"
| Si les autorités Mahoraises se posent aujourd'hui la question c'est en constatant que
60% de la population des plus de 15 ans ne maîtrisent pas la langue du pays dont ils se
revendiquent. Les intervenants du débat sont d'accord : conceptualiser sa langue
maternelle doit favoriser l'apprentissage des langues étrangères. |
IAF :
Institut d'apprentissage du Français. Créé en 1997 dans le but de mener un projet de
développement de la langue Française dans la population Mahoraise, est dirigé par Mme
Hortense Blaise. |
Une fois le bien fondé de la démarche admis, les discussions se sont portées sur les
aspect techniques de phonétique et de transcription alphabétique, l'IAF et l'association
Shime (SHImaoré MEthodique) ayant chacun leur alphabet standard. Tous semblaient ignorer
les travaux effectués depuis de nombreuse années en dehors du lagon notamment ceux
d'Ahmed Chamanga. Rappelons que la volonté politique d'écrire la langue maternelle date
de 1976 en R.F.I.C. C'est d'ailleurs ce qu'a fait un enseignant au bout d'une heure de
débat. Mme Blaise lui a assuré qu'ils ont pris soin de faire un voyage d'étude à
Moroni mais que de nouveaux travaux sont nécessaires, étant donné les différences
entre les dialectes utilisés dans chaque îles, et que du reste les modèles mis en place
dans le reste de l'Archipel tiennent compte de ces différences.
Dans le Kwezi du 29 décembre deux détracteurs s'expriment:
Raos Saïd Ahmadi pense que Mayotte a d'autres priorités : " Il ne m'a pas
fallu naître dans un milieu francophone pour réussir mes études. Je n'ai su réellement
écrire le chimaoré pourtant j'ai obtenu mon baccalauréat. - Allons ! Voulez vous
l'autonomie interne ou bien l'indépendance d'Ali Soilihi ? Mes chers frères et soeurs,
ne nous dispersons pas dans des futilités rétrogrades." - Ils souligne les
risques de conflits : "Alors le chimaoré que l'on veut écrire, c'est lequel ?
Celui de la Petite Terre ou de la Grande Terre ? Le parlé de Mamoudzou, le chef-lieu ou
bien le parlé de Koungou, Dembéni, Majicavo, M'tzamboro, les premiers villages de
Mayotte ? Voilà une source de division, de conflits inutiles." - Il conclue en
nous rassurant sur l'avenir de la langue : "Je ne pense pas que nous oublierons
notre langue mahoraise. Elle sera amenée tout naturellement à s'adapter au modernisme.
Par exemple, on n'écrit plus Ndzaoudzé mais Dzaoudzi, Pamandzé mais...(...)"
Écrire ou ne pas écrire...
Ahmed Omar rebondit lui sur le problème de l'illettrisme : "Mais au lieu
d'éradiquer cet illettrisme en s'en prenant à sa cause véritable, on lance une fausse
problématique. Car vouloir écrire le mahorais est un non-sens eu égard à l'histoire et
à l'avenir institutionnel de Mayotte." Il note au passage que "l'image
d'une société mahoraise souvent présentée comme très métissée est un peu fausse. Il
y a certes eu un brassage ethnique mais cela remonte au moyen âge..." - Il
connaît le remède : "L'antidote à cette lacune est de faire en sorte que les
différentes communautés de l'île et tout particulièrement les communautés mahoraise
et métropolitaine ne vivent plus séparées les unes des autres. Car c'est bien d'une
ségrégation spatiale qu'il s'agit". Enfin il prédit les pires cauchemars à
ceux qui osent revendiquer leur culture maternelle : " Quand on se défini comme
Français avant d'être Mahorais, il n'y a jamais de problème, mais dès qu'on met en
avant sa mahorité, dès qu'on cherche à définir le Mahorais, des divergences
apparaissent, les vieilles rancunes ethniques, racistes et xénophobes refont surface.
Cela augure mal d'un futur État autonome toujours probable. Car si au Rwanda deux groupes
ethniques se sont massacrés, à Mayotte il risque d'y avoir autant de groupes que de
villages."
Plus drôle, le 1er janvier c'est cette fois "Un breton qui aime le biniou mais
qui joue du piano" qui a jugé bon d'intervenir toujours dans le Kwezi. Il nous conte
l'histoire d'un musicien qui sur les conseils d'un érudit appris d'abord à jouer du
biniou avant d'apprendre à jouer du piano, la morale étant qu'il perdit son temps. Il
compare les conférenciers du Conseil Général à l'érudit mauvais conseiller, "En
pire même, puisqu'il lui faut commencer par inventer une grammaire et un alphabet. Un peu
comme si l'homme de la fabulette devait attendre que son professeur de biniou ait
découvert comment marchait son instrument...". Il termine par une conclusion
pleine de sous entendus : "Je n'en veux pas à l'érudit : chacun sa passion. -
Sauf s'il a, en fait, une autre idée derrière la tête...".
Ces propos n'engagent que leurs auteurs. Même si l'on peut regretter la mahorisation
du débat, on ne peut que se féliciter de la volonté de grandir une langue,de lui donner
de l'importance, de la sortir de ses frontières et de l'intégrer au patrimoine mondial
en la dotant de l'écriture.
De plus, outre "l'exercice de style", vouloir écrire un langue comme de
vouloir peindre une chanson, outre le travail de recherche fondamentale, qui peut
permettre en transitant par l'écrit de trouver des similitudes avec d'autres langues et
donc, par exemple de mieux cerner les migrations humaines à travers les siècles, il est
un argument plus convainquant encore : celui de la préservation du patrimoine oral. Et ce
qui est vrai pour les contes de veillées l'est plus encore pour les poèmes qui ne
peuvent se contenter d'une traduction pour rendre la musique aux mots.
Même si les enjeux ne sont pas les mêmes à Mayotte que dans le reste de l'archipel
et même si la démarche parait un peu égocentrique, encourageons les Mahorais, car le
patrimoine comorien doit être préservé et accessible le plus largement possible aux
générations futures.
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