Les Personnages
Politiques
 
Les sultans de Mohéli
Les administrateurs Français de Mayotte
Les Sultans et les résidents de Grande Comore
Prince Said Ibrahim
Said Mohamed Cheick
Said Mohamed Djaffar
Ali Soilihi
Ahmed Abdallah
Said Mohamed Djohar
Taki Abdoulkarim
Taki Abdoulkarim (2eme doc)
Décès de Taki
Tadjidine Ben said Masonde
Azali Assoumani 
 
En marge de l'histoire des Comores:

Ursule Salima MACHAMBA 1ère, Reine de Mohéli

Bob Denard

Jean Claude Vallée
Un siècle d'histoire
  • Les grandes dates de 1900 à nos jours
    THE COMOROS "The Federation of the Quarrelsome Sultans"
    Pierre Cyril Pahlavi

    The Islands of the Moon
    (an historic summary)


    Retour sur le 3 août 1975

    12 Nov.1975 Entrée à l'ONU
     
    La Question de l'état Nation
    Par Thoueybat SAID OMAR

    L'autonomie interne, une restauration de la dignité Comorienne (1946-1975) par Jean Louis GUEBOURG
  • Chronique historique
    par Mahmoud Ibrahime
    Les Comores avant la pénétration française
     
    De la colonisation à l'indépendance
    Archeologie
    Généralités
    Sites Méconnus
    Chomoni
    Iconi
    Les Comores et la Mer
  • Un recueil de sites et d'informations qui tournent autour des îles et de la mer
     
  • Ouvrages
    Tous les livres sur :
    Actualité économique et Politique
     
    Livres anciens
    Ouvrages de Chercheurs
     

    Histoire des Comores

    Mohamed TAKI ABDOULKARIM   (1936-1998)

    par Mahmoud IBRAHIME

    taki.jpg (13261 octets)

    Homme politique et quatrième Président des Comores, né à Mbéni (Hamahamet, Grande Comore) vers 1936, d¹une famille noble puisqu¹il est le petit fils de Djumbé Fumu, descendant du sultan Msafumu.
            Dès sa naissance, son père, Abdoulkarim Djumbé Fumu qui est un savant dans les sciences divinatoires prévoit qu¹il dirigera un jour les Comores, et pour ne pas que les chefs traditionnels des autres régions comoriennes n'essaient de le tuer, on dit que l'enfant aurait été caché pendant des années, souvent habillé en fille et appelé Takia.
            Au moment où l¹État colonial favorise l'accession à l'éducation occidentale de quelques Comoriens de bonnes familles, il parvient à poursuivre ses études à Madagascar, puis en France. Il obtient le titre d'Ingénieur des Travaux Publics. Le premier aux Comores.

    Mais lorsqu'il arrive au pays, un grand déjeuner est organisé en son honneur dans sa ville natale. Il y invite les fonctionnaires et leur fait un discours moral sur le rôle du Conseil de gouvernement. Il demande aussi que les postes du Conseil soient occupés par des hommes plus compétents. « Tsasi ridja »: « nous voici arrivés », aurait-il dit pour affirmer la volonté des jeunes nouvellement diplômés revenus pour occuper les fonctions jusqu'alors monopolisées par les notables. La critique atteint son destinataire.

    Saïd Mohamed Cheik l'affecte à Anjouan en tant que Directeur des Travaux publics. Mais dans cette subdivision de la colonie des Comores, il entre en contact avec l'homme-fort de l'île: Ahmed Abdallah. Il travaille sur les le tracé des routes à Anjouan. Ayant rejoint la Grande Comore, il se lance véritablement en politique et devient député du Hamahamet en 1967, sous les couleurs du « parti blanc », le parti de S.M. Cheick, et des notables au pouvoir.

    Après, la formation de certains partis politiques d¹opposition (PASOCO, PSDC, RDPC), le « parti blanc », crée l'Union démocratique des Comores (UDC), et Taki est désigné Secrétaire général, ce qui prouve que S.M. Cheick, le président du Conseil de gouvernement lui a pardonné sa fougue, et qu¹il lui fait pleinement confiance. Il exercera en même temps les fonctions de Directeur général des Travaux Publics.

    Le 16 septembre 1970, il devient Ministre du Développement dans le deuxième gouvernement de Saïd Ibrahim, puis Ministre de l'enseignement en 1971. Dans le gouvernement de S. M. Jaffar, il est Ministre du Développement rural (1972). Après le renversement de Jaffar, Abdallah accède à la Présidence du conseil. Taki est un de ses proches. Il est nommé Ministre de l'Équipement en 1973, et Ministre de l¹Intérieur en 1975.

    Après le coup d¹état d'A.Soilihi, il se réfugie à Mbéni et tente de résister au nouveau pouvoir, en créant un État dans l'État. L'intervention des mercenaires provoque des morts à Mbéni. Il est arrêté et emprisonné. Pendant les jours passés en prison, il devient plus spirituel. Libéré après la restauration d¹Abdallah, il collabore pendant un moment avec le pouvoir autocratique, en étant notamment Secrétaire général du Directoire présidé par Abdallah et Mohamed Ahmed. Puis de 1978 à 1984, il est Président de la Chambre des députés. A ce poste, il a regardé le régime devenir peu à peu autocratique. En décembre 1984, il part pour la France. Il rompt avec Abdallah, et se considère comme en exil. En France, il fonde l'Union nationale pour la démocratie aux Comores (UNDC).

    Ce parti devient très populaire auprès de la communauté comorienne en France, même si Taki se montre peu, craignant les complots. Il ne revient qu'en janvier 1990, après la mort du président Abdallah. En 1990, il est candidat de son parti (UNDC) à la première élection présidentielle. Il est battu par Djohar, mais juge que le déroulement des votes a été irrégulier. En effet, les élections qui ont eu lieu le 18 et 25 février ont été annulées à cause des fraudes. Le mois suivant, Taki obtient 24,35 % au premier tour contre 23,07 pour Djohar. Mais au deuxième tour, Djohar est proclamé élu avec 55,08 %.

    De mars 1990 à novembre 1991, il est de nouveau en France, il fait tout pour démontrer qu¹on lui a volé sa victoire. Sollicité, il collabore un moment avec le nouveau pouvoir, après la réconciliation avec Djohar à Paris. Il est nommé Responsable de l¹action gouvernementale en janvier 1992. Mais à la suite d¹un désaccord, Djohar se sépare de lui en juillet 1992. Il retourne à Mbéni, où l¹on dit qu¹il cultive sa terre. En fait, il se prépare à prendre le pouvoir, confiant dans la prédilection de son père. Ses partisans proclament partout que lorsque Chirac sera Président, Taki sera au pouvoir aux Comores. Après l¹échec de la présidence Djohar, il revient sur la scène politique. Il accepte même de prendre le pouvoir avec Saïd Kémal, après le coup d¹État de Bob Denard le 28 septembre 1995. Il fait alors un appel pathétique à la France, réclamant notamment un « stage » pour les Comores auprès de la France, comme « vers les années 60, les pays africains ont fait leur stage avec le général de Gaulle ». Mais le coup échoue. Il tisse alors des alliances aussi bien aux Comores qu¹en France, persuadé que le bipartisme est la solution politique aux Comores.

    En mars 1996, il arrive en tête au premier tour des élections présidentielles, puis l'emporte sur Abbas au deuxième tour avec plus de 64 %, il obtient même la majorité à Anjouan, où le Forum était plus organisé. Il a bénéficié aussi du ralliement de la quasi totalité des candidats, et il doit donc leur accorder une place au sein du pouvoir. Il réussit tout de même à réunir un grand nombre au sein d¹un nouveau parti de gouvernement: le Rassemblement national pour le développement (RND) dans lequel on retrouve aussi bien l¹UNDC et l¹UDZIMA de Tamou, mais aussi l'UWEZO de Mouzaoir. Il élabore alors une nouvelle constitution, après avoir exhumé la peine de mort, et mis hors-jeu l'opposition, et avoir procédé à une islamisation du pouvoir, comme s'il cherchait à se conformer à l¹image qu¹on avait de lui à l¹extérieur avant son élection.

    Le programme qu'il annonce, Réhémani (littéralement « paradis » est alors défendu par des intellectuels divers: marxistes, assecistes, soilihistes (ayant changé d'idéaux depuis longtemps), libéraux et jeunes loups aux dents longues revenus depuis peu au pays, auxquels il faut ajouter les notables villageois. Mais Réhémani s'est révélé être un enfer: les Comoriens furent privées pendant des mois d¹électricité, d¹eau, de santé et d'éducation. La répression des manifestations aussi bien à Moroni qu'à Mutsamudu est sans doute la cause immédiate du séparatisme anjouanais. Taki avait choisi d'écouter ceux qui l'ont conseillé de faire intervenir l'armée à Anjouan, comme si le pouvoir reconnaissait que l¹île était devenu un État étranger avec lequel on pouvait faire la guerre. Ce fut un échec. Le point fort du président Taki, comme tous ceux de sa génération politique résident dans sa capacité à manier aussi bien la culture comorienne, notamment islamique, que la culture occidentale. Son point faible, comme celui de son prédécesseur est sans doute d¹avoir laissé certains individus avides de pouvoir agir, et d'avoir cru qu'il pouvait avoir raison tout seul, en éliminant, certes «
    démocratiquement » l'opposition.

    -----------------------------------------------------------------------------------

    Mohamed Taki ou le parcours d'un gourou-ermite entre pouvoir et clandestinité

    Par Aboubacar M'CHANGAMA

    Ses partisans l'avaient surnommé "le bien aimé", mais à Mbeni, dans le nord-est de l'île de Grande Comore où il a vu le jour il y a 62 ans, le président Mohamed Taki Abdoulkarim, était simplement "l'enfant du village" qui lui portait une affection dépassant parfois l'entendement.

            Mbeni organisera samedi l'enterrement de ce fils, mort dans la nuit de jeudi à vendredi d'une crise cardiaque, malgré les pressions du gouvernement pour organiser des funérailles nationales à Moroni.

    Avec sa haute silhouette empâtée par les ans qu'il déplaçait sans grâce, Taki avait su créer autour de sa personne une aura quasi-mystique, de gourou-ermite enclin à s'enfermer souvent seul avec sa famille.

        Ses partisans se plaisaient à dire "on aime pour rien" ce piètre orateur, aussi croyant que superstitieux, et s'adonnant, selon des proches, à la sorcellerie.

           Plusieurs fois marié (pas moins de six mariages), le président Taki est père de six enfants. Une de ses filles est décédée en France en 1990.

            Né le 20 février 1936, Mohamed Taki est le premier Comorien diplômé de l'Ecole des Ponts et Chaussées. Il a débuté sa carrière à Anjouan comme chef de la subdivision des Travaux Publics avant d'en devenir Directeur Général.

        Après la proclamation unilatérale de l'indépendance de la France le 6 juillet 1975, Ahmed Abdallah Abderramane lui confie le portefeuille de l'intérieur. Moins d'un mois plus tard, Ahmed Abdallah est renversé par Ali Soilihi, et Mohamed Taki plonge dans la clandestinité. "Je me suis carrément enfermé de manière que personne ne puisse me voir", dira-t-il plus tard.

        Le 3 avril 1977, M. Taki, mêlé à une tentative de coup d'Etat contre Ali Soilihi, est arrêté, mais cherche la clémence en accablant ses amis, selon des témoignages.

    Il est libéré le 13 mai 1978 à la suite du coup d'Etat d'Ahmed Abdallah qui le nomme secrétaire général du directoire politico-militaire mis en place avec le soutien du mercenaire Bob Denard.

        Elu député, il devient président de l'Assemblée Nationale et est l'initiateur de la loi instituant le parti unique de l'époque, l'Union comorienne pour le Progrès. Il se fera aussi remarquer par sa fameuse doctrine politique sur le pouvoir des notables, l"Ubedjaya".

        En 1984, il rompt avec Ahmed Abdallah et se réfugie à Paris dans un exil qu'il qualifie
    de "volontaire".

        Après l'assassinat d'Ahmed Abdallah en novembre 1989, Mohamed Taki rentre aux Comores pour se présenter à l'élection présidentielle où il est battu par Saïd Mohamed Djohar qu'il taxe d'"usurpateur", élu avec la "complicité" de la France.

        Toutefois, c'est à nouveau à Paris qu'il s'enferme dans un exil qu'il quittera en novembre 1991 pour une "réconciliation sous serment" qui ne durera que quelques mois.

        Une fois de plus en septembre 1992, Mohamed Taki est impliqué dans une tentative de coup d'Etat qui tourne à la mutinerie et à la rébellion armée. Traité de "hérisson" par le président Djohar, un mandat d'arrêt international est lancé contre cet homme qui replonge dans la totale clandestinité pendant trois ans.

    Il refera surface à la faveur du coup d'Etat organisé par Bob Denard en septembre 1995, en devenant pendant 48 heures co-président d'un éphémère directoire politique mis en place par les putschistes.

    Le 16 mars 1996, Mohamed Taki est enfin élu président de la République avec 64,16% des suffrages. Sa présidence aura duré 32 mois.