par Mahmoud IBRAHIME
Homme politique et quatrième
Président des Comores, né à Mbéni (Hamahamet, Grande Comore) vers 1936,
d¹une famille noble puisqu¹il est le petit fils de Djumbé Fumu, descendant
du sultan Msafumu. Mais lorsqu'il arrive au pays, un grand déjeuner est organisé en son honneur dans sa ville natale. Il y invite les fonctionnaires et leur fait un discours moral sur le rôle du Conseil de gouvernement. Il demande aussi que les postes du Conseil soient occupés par des hommes plus compétents. « Tsasi ridja »: « nous voici arrivés », aurait-il dit pour affirmer la volonté des jeunes nouvellement diplômés revenus pour occuper les fonctions jusqu'alors monopolisées par les notables. La critique atteint son destinataire. Saïd Mohamed Cheik l'affecte à Anjouan en tant que Directeur des Travaux publics. Mais dans cette subdivision de la colonie des Comores, il entre en contact avec l'homme-fort de l'île: Ahmed Abdallah. Il travaille sur les le tracé des routes à Anjouan. Ayant rejoint la Grande Comore, il se lance véritablement en politique et devient député du Hamahamet en 1967, sous les couleurs du « parti blanc », le parti de S.M. Cheick, et des notables au pouvoir. Après, la formation de certains partis politiques d¹opposition (PASOCO, PSDC, RDPC), le « parti blanc », crée l'Union démocratique des Comores (UDC), et Taki est désigné Secrétaire général, ce qui prouve que S.M. Cheick, le président du Conseil de gouvernement lui a pardonné sa fougue, et qu¹il lui fait pleinement confiance. Il exercera en même temps les fonctions de Directeur général des Travaux Publics. Le 16 septembre 1970, il devient Ministre du Développement dans le deuxième gouvernement de Saïd Ibrahim, puis Ministre de l'enseignement en 1971. Dans le gouvernement de S. M. Jaffar, il est Ministre du Développement rural (1972). Après le renversement de Jaffar, Abdallah accède à la Présidence du conseil. Taki est un de ses proches. Il est nommé Ministre de l'Équipement en 1973, et Ministre de l¹Intérieur en 1975. Après le coup d¹état d'A.Soilihi, il se réfugie à Mbéni et tente de résister au nouveau pouvoir, en créant un État dans l'État. L'intervention des mercenaires provoque des morts à Mbéni. Il est arrêté et emprisonné. Pendant les jours passés en prison, il devient plus spirituel. Libéré après la restauration d¹Abdallah, il collabore pendant un moment avec le pouvoir autocratique, en étant notamment Secrétaire général du Directoire présidé par Abdallah et Mohamed Ahmed. Puis de 1978 à 1984, il est Président de la Chambre des députés. A ce poste, il a regardé le régime devenir peu à peu autocratique. En décembre 1984, il part pour la France. Il rompt avec Abdallah, et se considère comme en exil. En France, il fonde l'Union nationale pour la démocratie aux Comores (UNDC). Ce parti devient très populaire auprès de la communauté comorienne en France, même si Taki se montre peu, craignant les complots. Il ne revient qu'en janvier 1990, après la mort du président Abdallah. En 1990, il est candidat de son parti (UNDC) à la première élection présidentielle. Il est battu par Djohar, mais juge que le déroulement des votes a été irrégulier. En effet, les élections qui ont eu lieu le 18 et 25 février ont été annulées à cause des fraudes. Le mois suivant, Taki obtient 24,35 % au premier tour contre 23,07 pour Djohar. Mais au deuxième tour, Djohar est proclamé élu avec 55,08 %. De mars 1990 à novembre 1991, il est de nouveau en France, il fait tout pour démontrer qu¹on lui a volé sa victoire. Sollicité, il collabore un moment avec le nouveau pouvoir, après la réconciliation avec Djohar à Paris. Il est nommé Responsable de l¹action gouvernementale en janvier 1992. Mais à la suite d¹un désaccord, Djohar se sépare de lui en juillet 1992. Il retourne à Mbéni, où l¹on dit qu¹il cultive sa terre. En fait, il se prépare à prendre le pouvoir, confiant dans la prédilection de son père. Ses partisans proclament partout que lorsque Chirac sera Président, Taki sera au pouvoir aux Comores. Après l¹échec de la présidence Djohar, il revient sur la scène politique. Il accepte même de prendre le pouvoir avec Saïd Kémal, après le coup d¹État de Bob Denard le 28 septembre 1995. Il fait alors un appel pathétique à la France, réclamant notamment un « stage » pour les Comores auprès de la France, comme « vers les années 60, les pays africains ont fait leur stage avec le général de Gaulle ». Mais le coup échoue. Il tisse alors des alliances aussi bien aux Comores qu¹en France, persuadé que le bipartisme est la solution politique aux Comores. En mars 1996, il arrive en tête au premier tour des élections présidentielles, puis l'emporte sur Abbas au deuxième tour avec plus de 64 %, il obtient même la majorité à Anjouan, où le Forum était plus organisé. Il a bénéficié aussi du ralliement de la quasi totalité des candidats, et il doit donc leur accorder une place au sein du pouvoir. Il réussit tout de même à réunir un grand nombre au sein d¹un nouveau parti de gouvernement: le Rassemblement national pour le développement (RND) dans lequel on retrouve aussi bien l¹UNDC et l¹UDZIMA de Tamou, mais aussi l'UWEZO de Mouzaoir. Il élabore alors une nouvelle constitution, après avoir exhumé la peine de mort, et mis hors-jeu l'opposition, et avoir procédé à une islamisation du pouvoir, comme s'il cherchait à se conformer à l¹image qu¹on avait de lui à l¹extérieur avant son élection.
Le programme qu'il annonce, Réhémani (littéralement « paradis »
est alors défendu par des intellectuels divers: marxistes, assecistes,
soilihistes (ayant changé d'idéaux depuis longtemps), libéraux et
jeunes loups aux dents longues revenus depuis peu au pays, auxquels il
faut ajouter les notables villageois. Mais Réhémani s'est révélé
être un enfer: les Comoriens furent privées pendant des mois d¹électricité,
d¹eau, de santé et d'éducation. La répression des manifestations
aussi bien à Moroni qu'à Mutsamudu est sans doute la cause immédiate
du séparatisme anjouanais. Taki avait choisi d'écouter ceux qui
l'ont conseillé de faire intervenir l'armée à Anjouan, comme si le
pouvoir reconnaissait que l¹île était devenu un État étranger
avec lequel on pouvait faire la guerre. Ce fut un échec. Le point
fort du président Taki, comme tous ceux de sa génération politique
résident dans sa capacité à manier aussi bien la culture
comorienne, notamment islamique, que la culture occidentale. Son point
faible, comme celui de son prédécesseur est sans doute d¹avoir
laissé certains individus avides de pouvoir agir, et d'avoir cru
qu'il pouvait avoir raison tout seul, en éliminant, certes « ----------------------------------------------------------------------------------- Mohamed Taki ou le parcours d'un gourou-ermite entre pouvoir et clandestinité Par Aboubacar M'CHANGAMA
Ses partisans l'avaient
surnommé "le bien aimé", mais à Mbeni, dans le
nord-est de l'île de Grande Comore où il a vu le jour il y a 62 ans,
le président Mohamed Taki Abdoulkarim, était simplement
"l'enfant du village" qui lui portait une affection dépassant
parfois l'entendement.
Avec sa haute silhouette
empâtée par les ans qu'il déplaçait sans grâce, Taki avait su créer
autour de sa personne une aura quasi-mystique, de gourou-ermite enclin
à s'enfermer souvent seul avec sa famille.
Il est libéré le 13 mai 1978 à
la suite du coup d'Etat d'Ahmed Abdallah qui le nomme secrétaire général du
directoire politico-militaire mis en place avec le soutien du
mercenaire Bob Denard.
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