ANNEE 2004 :
centenaire de la naissance du président Said
Mohamed Cheikh Né en avril 1904 à Mitsamiouli (Grande Comore), Saïd Mohamed Cheikh est l'homme politique le plus connu des Comores. Son père est un parent du grand religieux des Comores Al-Maaruf. Sa grand-mère était issue d'une famille du Dimani, du sous-clan M'Batse. C'est dans ce sous-clan que se recrutaient les vizirs de la région. Après l'école primaire et trois années à l'école régionale de Mutsamudu, il passe une année de préparation et de mise à niveau à l'Ecole Le Myre de Vilers à Tananarive avant d'intégrer l'Ecole de médecine de Madagascar. Après quatre ans d'études, il revient exercer aux Comores dès 1926, mais n'obtient son diplôme de médecin qu'en 1928. Il n'a alors que 24 ans et n'a donc pas atteint le doctorat, mais il est alors pour tous les Comoriens "le docteur Saïd Mohamed Cheikh". Il devient médecin de l'Assistance Médicale Indigène (AMI). Il est affecté à la Grande Comore comme médecin responsable de l'hopital de Foumbouni, puis exerce à Moroni. Mais après des démêlés avec l'administration, il est muté à Mohéli, puis à Madagascar en 1936. Il y restera jusqu'en 1945, au moment où il abandonne la médecine pour la politique. En mars-avril 1940, pendant la révolte du Nuymakele (Anjouan), il accompagne l'Inspecteurr Thomas dans sa mission d'enquête. Les archives nous apprennent qu'il est alors en fonction dans l'administration de Madagascar, et qu'il travaille dans une léproserie. Elu député à
l'Assemblée constituante en 1945, il se montre dans un premier temps
comme un homme politique progressiste en dénonçant les abus des sociétés
coloniales ou en participant avec les autres élus africains aux
discussions sur l'abolition de l'indigénat et du travail forcé dans les
colonies françaises. Ces discussions aboutissent à la loi
"Houphouet-Boigny" en 1945, mais Cheikh saura habilement, faire croire
aux masses comoriennes que c'est lui qui, selon ses propres termes les a
sortis de l'esclavage. Dès son élection, Cheikh se bat pour que les Comores soient détachées de Madagascar et deviennent un territoire d'Outre-mer "autonome"; ce qu'il obtient dès 1946. Au sein de l'Assemblée nationale, il est d'abord préoccupé par le sort de son archipel, puis celui des autres territoires d'outre-mer. En général, ses discours sont rarement "politiques". Ils visent de plus en plus à réaffirmer son loyalisme (qu'il prête aussi aux Comoriens) envers la France, et au nom de ce loyalisme à demander régulièrement que les Comores reçoivent plus de subventions. En 1959, avec le changement de constitution et de majorité en France, il change de camp politique. Il devient gaulliste et passe à l'Union pour la Nouvelle République (droite). Mais, ses derniers discours reflètent sa déception quant aux promesses de développement des Comores. Il constate, avec ses compagnons (Ahmed Abdallah et Saïd Ibrahim) que malgré l'attachement manifesté à la France, les Comores sont la colonie française la moins bien traitée en matière de subventions. Pourtant, au moment où
les pays africains prennent leur indépendance, il décide de maintenir
les Comores dans le giron français. Il se contente d'un statut
d'"autonomie interne", refusé par de nombreux leaders qui souhaitent
l'indépendance, y compris dans son camp (c'est le cas du président du
Congrès des notables mahorais, Souffou Sabili). Cette autonomie interne
est d'ailleurs ridiculisée par un des grands tenors du twarabu comorien
(Mbarouk) qui la compare à une "mangue trop mûre" (dodo). Il meurt le 16 mars 1970, à la suite d'une crise, et après plus d'un mois de soins dans un hôpital de la banlieue de Tananarive. Mahmoud Ibrahime
© Mahmoud IBRAHIME copyright © Inya-MasiwaNet mars 2004 |