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Extrait de «Histoire des (Quatre) Îles»
[ABDALLAH II contre RAMANÉTAKA
: [p.23 ]^ Le Sultan Abdallah décida ensuite de porter la guerre à Mwali, pour en chasser Ramanétaka. Il informa le qai Oumar et les Grands de Maorè de son intention [p.24 ]^ et leur demanda de lui envoyer des soldats pour l'aider dans l'accomplissement de son entreprise. // Au cours de la réunion du Conseil des Grands à Maorè, certains firent au qai Oumar cette remarque : "Nous n'avons aucune raison de combattre les Mwali qui ne nous ont fait aucun mal !" Le qai réfléchit un instant puis leur répondit : "Ce que vous dites est vrai ! Cependant, nous nous trouvons dans l'obligation de soutenir Abdallah, ne serait-ce que pour le remercier des sacrifices qu'il n'a pas hésité à consentir, pour nous délivrer de la terreur de Ramanétaka et de ses soldats..." Les Grands de Maorè finirent par reconnaître le bien-fondé de l'opinion du qai Oumar. Le Sultan Abdallah quitta Ndzou'ani*, à la tête d'une armée, comprenant des soldats de cette île [p.25 ]^ et quelques Sakalava. Il se fit accompagner par Andriyana'ntsouli. Ils accostèrent à Mwali, du côté du couchant, en un lieu appelé Nioumachiwa*. Ils y établirent leur camp. De là, le sultan Abdallah déclara la guerre à Ramanétaka. Chaque jour, les hommes de celui-ci arrivaient, nombreux, au camp d'Abdallah et se ralliaient au sultan de Ndzou'ani. Finalement, il s'en fallut de peu que Ramanétaka ne se rendît à son adversaire. Encouragé par la débandade de l'armée adverse, le sultan Abdallah décida de précipiter le cours des choses. Dieu Tout-Puissant voulut qu'il quittât Nioumachiwa, avec l'ensemble de ses boutres, en direction du levant et de la ville de Fou'mboni, où résidait le sultan mèrina. [De leur côté,] Andriyana'ntsouli, quelques uns de ses chefs de guerre et le restant de l'armée, firent route, par voie de terre, vers la capitale de Mwali. [p.26 ]^ Arrivé en face de Fou'mboni, on jeta l'ancre et on passa la nuit en mer. A la vue de cette flotte, Ramanétaka fut saisi de crainte. Le lendemain matin [cependant], par la volonté de Dieu Tout-Puissant, le ciel se couvrit de nuages noirs, puis, un vent très violent désorienta les boutres et les refoula, malgré eux, vers le large. Le grand navire du sultan fut le seul qui restât dans le port. La force des vagues incita les hommes d'équipage à hisser la voile pour tenter [eux aussi] de gagner le large. [Mais p.27 ]^ un violent coup de vent, soufflant du côté du levant, rabattit le navire en direction du rivage où il se brisa, sous le regard ému des habitants de la ville de Fou'mboni. Le Sultan Abdallah et sa suite furent [alors] recueillis par les soldats de Ramanétaka. Il y avait là, avec le sultan, ses frères Housséni, Ali et Salim*, tous trois fils d'Alawi [I], son vizir Abdallah et le prince Abdallah. Ramanétaka les reçut chez lui, leur serra la main et conversa avec eux. Il leur offrit, comme logement, le rez-de-chaussée de son palais et conserva l'étage, pour son usage personnel... [p.28 ] Pendant plusieurs jours, Ramanétaka fit preuve à leur égard de beaucoup de générosité : il leur offrit des lits confortables, des repas succulents, de l'eau pure et de la viande grasse. Il n'était pas dans ses intentions de les mettre à mort. Il s'apprêtait, au contraire, à les renvoyer à Ndzou'ani. C'était un homme raisonnable : il n'avait pas oublié sa situation d'étranger, à l'origine, ni la bonté que lui avait manifestée les habitants de Ndzou'ani, après sa fuite de Madagascar. De plus, il savait que le sultan Abdallah était le protégé des Anglais et il ne voulait pas s'attirer la colère de ces derniers... [Mais,] entre temps, le Sultan Abdallah s'était entendu avec ses frères pour [tenter de] tuer son hôte. Il parvint à informer de son projet [p.29 ]^ ses soldats, rescapés du naufrage, et cela, bien qu'ils fussent privés, par Ramanétaka, de toute communication avec leur sultan. Il leur dit : "Si nous arrivions à tuer Ramanétaka, notre but serait atteint. Les habitants de Mwali ne pourraient rien entreprendre contre nous, sachant que nos soldats sont présents, tout près de la ville." L'un des compagnons du Sultan Abdallah, pensant aux risques qui découleraient de l'échec de ce projet, se rendit chez Ramanétaka. [p.30 ]^ Etonné de cette visite inattendue, ce dernier lui demanda : "Quel est l'objet de ta venue ?" L'homme lui dit : "Je suis venu vous dire quelque chose de difficile à exposer." Ramanétaka lui dit : "Explique-moi ce que tu veux dire !" L'autre dit : " Je vous demande, d'abord, de prêter serment, au nom de Dieu." Ramanétaka lui demanda : "Pour quelle raison veux-tu [donc] me faire prêter serment ?" L'homme lui dit, alors : "Je suis venu vous annoncer l'imminence d'un danger qui vous menace, autant qu'il me menace." Ramanétaka, en homme intelligent qu'il était, prêta serment sur le Coran. Alors, l'homme lui dit : " Je vous conseille d'être prudent et de ne plus descendre voir le sultan Abdallah car il a décidé, en accord avec ses frères, de vous tuer. Quand il nous a demandé notre avis, nous avons considéré son projet comme dangereux et criminel. [C'est pourquoi] je vous en informe; de manière à ce que vous vous teniez sur vos gardes." [p.3I ]^ Ramanétaka lui demanda s'il était bien sûr de la véracité de son propos. L'homme confirma ses dires. Ramanétaka insista : "Peux-tu le jurer sur le Coran ?" Et l'autre accepta et s'exécuta. Ramanétaka, alors, le crut. Il lui dit : "Tu es sincère. Présente-moi tous ceux qui étaient avec toi, lorsque le sultan Abdallah vous a demandé votre avis sur son projet de me tuer." L'homme sortit et s'en fut appeler tous ceux qui avaient été mêlés à l'affaire. Ils confirmèrent ses dires et Ramanétaka les crut. Il fut pris de colère et s'écria : " Ce Sultan cherchait à me tuer, alors que j'avais l'intention de le laisser retourner dans son pays !"
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