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EDITIONS DJAHAZI

FICHE TECHNIQUE DJAHAZI  02
HISTOIRE DES ÎLES - Ha-Ngazidja, Hi-Ndzou’ani, Maïotta, Mwali.
OUMAR Aboubakari 1841-65

 

Format  16 x 24,5 cm, poids 490 g., couverture quadri-colore, 293 pages dont 50 illustrations (photos, dessins, cartes, plans, schémas, figures généalogiques) ; rédaction achevée en 1996
sur pages jaunes : traduction des manuscrits originaux arabe et swahili, écrits en caractères arabes, et comportant 22 chapitres de longueur inégale, replacés dans l’ordre chronologique ; notes explicatives en bas de page.
sur pages blanches : commentaire critique en 12 chapitres par Kana-Hazi, qui s’est appuyé aussi sur les fonds d’archives (notamment celui des ARCHIVES NATIONALES de MAURICE) et sur sa connaissance du terrain comorien ; enfin, glossaire, annexes et bibliographie.
imprimé à Maurice en 1997
ISBN 2-9508856-1-6


Thème
 : de 1830 à 1840, l’Histoire féodale comorienne s’emballe et va atteindre ses limites, avant de faire appel à l’intervention étrangère et plus particulièrement française. Les guerres entre deux chaînes de factions traditionnellement à l’œuvre dans le monde swahili, vont prendre une vigueur particulière et couvrir les 3 Comores du sud  — Ndzou’ani/Anjouan, Mwali/Mohéli, Maorè/Mayotte — ceci à la faveur de l’essor industriel et commercial français dans les Mascareignes (Maurice et Bourbon/La Réunion) et à Madagascar.  Le Grand Qadi de Dzaoudzi Oumar Aboubakar participe à ces luttes fratricides et recherche des alliés d’abord à Ndzou’ani (1836), ensuite auprès du roi Sakalava Andriyana’ntsouly (1839), enfin auprès du capitaine Passot et des autorités françaises de Bourbon (1841). Les Chroniques qu’il rédige en swahili de Zanzibar autour de 1842  et qu’il dicte en 1865 à S.Omar S.Hassan le rédacteur en arabe, constituent un matériau précieux, ici soumis à la critique et à la confrontation avec les archives françaises et britanniques de l’époque.

Contenu : Origine du Peuplement / Arrivée des «Chiraziens» / Rivalité entre Ndzou’ani et Maorè/ Guerre entre Ndzou’ani et Maorè , appel aux Bétsimissaraka / Généalogie des Sultans de Maorè / La Venue de Ramanétaka à Ndzou’ani et Mwali / Ndzou’ani 1830-32 : Abdallah II contre S.Ali / La Venue d’Andriyana’ntsouli à Maorè / Maorè 1832-34 : Bwana-Ko’mbo II, Andriyana’ntsouli, Ramataka / Abdallah II et Oumar Aboubakari : la Prise de Ndzaoudzé en 1835 / Oumar Aboubakari : le Traité d’Allégeance du 19 nov. 1835 / Abdallah II contre Ramanétaka : l’expédition à Mwali 1836 / Ndzou’ani 1836-37 : Alawi II le Jeune ; Reconduction du Pacte d’Allégeance ; Retour d’Andriya’ntsouli à Maorè / 1838-40 : Alawi II contre Salim II ; Guerre à Ndzou’ani, Conséquences à Maorè / 1840 : Ambitions d’Andriya’ntsouli, Visite de Passot, Stratagème d’Oumar Aboubakari / La Cession de Maorè à la France : Traité du 25 avril 1841 / 1841-43 : Bataille Diplomatique Franco-Britannique ; Confirmation d’Allégeance rédigée et signée par Oumar Aboubakar / 13 juin 1843 : Prise de Possession de Maorè par la France ; Salim II de Ndzou’ani Renonce à ses Droits par l’Acte du 19 septembre 1843 / Mayotte 1844-64 : la Mort de Rang-des-Adrets (17 juin 1844) ; les Débuts de l’Administration de l’Île /  Eléments pour Servir à Etablir une Chronologie des Sultans de Ndzou’ani / 1862-64 : les Réclamations de Mouhamed Abdallah II et de Aboudou Alawi II / 1864 : la Marque du Colonel Colomb à Maorè ; Appel à l’Aide de Mwigni-Mkouwou ; Intervention Française à Ngazidja

Commentaire de Kana-Hazi : Obstacles et Incertitudes / Le Mécanisme des Incursions Malgaches / Genèse et Permanences des Visées Françaises sur Madagascar et Komoro / Nature des Visées Anglaises dans le sud-ouest de l’océan indien / Le Dialogue de Dupes entre Européens et Comoriens, autour du Signe écrit / Les Idéo-Pratiques en Contact, sur le Terrain Comorien / Une Période Cruciale pour Komoro (1841-43) / Un Auteur Engagé : Oumar Aboubakari Housséni / Un Dieu Déchu : Andriyana’ntsouli fils d’Ouza / Dialectique et Dynamique des Luttes Politiques à Komoro / L’Oralité contre l’Ecriture / La Pomme de Discorde

Auteur et Inspirateur
des manuscrits : grand lettré, né à Tsi’ngoni vers 1805, d’ascendance mohamédienne, membre de la Famille Royale de Mayotte, Oumar Aboubakar participe à la lutte des factions pour le pouvoir. Vaincu en 1829, il part en exil à Ndzou’ani et revient dans son île en vainqueur en 1835. Il occupe alors le poste stratégique de secrétaire du roi sakalava Andriya’ntsouli qui gouverne l’île au nom du Sultan de Ndzoua’ni ; la chute d’Alawi II l’amène à se désolidariser Dra’ntsouli et à se rapprocher des Français ; il affirme avoir joué un rôle essentiel dans la cession de Mayotte à la France et conserve d’ailleurs ses fonctions de grand qadi de Maorè, sous le régime de colonisation. Il meurt lors d’un séjour à Mwali en 1871. Certains de ses descendants résident aujourd’hui à Sada.

 

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Extrait de «Histoire des (Quatre) Îles»

[ABDALLAH II  contre RAMATAKA :
 L'EXPÉDITION  à  MWALI  (I836)]

            [p.23 ]^ Le Sultan Abdallah décida ensuite de porter la guerre à Mwali, pour en chasser Ramanétaka. Il informa le qai Oumar et les Grands de Maorè  de son intention  [p.24 ]^ et leur demanda de lui envoyer des soldats  pour l'aider dans l'accomplissement de son entreprise. // Au cours de la réunion du Conseil des Grands à Maorè, certains firent au qai Oumar cette remarque : "Nous n'avons aucune raison de combattre les Mwali  qui ne nous ont fait aucun mal !"

            Le qai réfléchit un instant puis leur répondit : "Ce que vous dites est vrai ! Cependant, nous nous trouvons dans l'obligation de soutenir Abdallah, ne serait-ce que pour le remercier des sacrifices qu'il n'a pas hésité à consentir, pour nous délivrer de la terreur de Ramataka et de ses soldats..." Les Grands de Maorè finirent par reconnaître le bien-fondé de l'opinion du qai  Oumar.

                  Le Sultan Abdallah  quitta Ndzou'ani*, à la tête d'une armée, comprenant des soldats de cette île  [p.25 ]^ et quelques Sakalava. Il se fit accompagner par Andriyana'ntsouli. Ils accostèrent à Mwali, du côté du couchant, en un lieu appelé  Nioumachiwa*. Ils y établirent leur camp. De là, le sultan Abdallah déclara la guerre à Ramataka.

            Chaque jour, les hommes de celui-ci arrivaient, nombreux, au camp d'Abdallah  et se ralliaient au sultan de Ndzou'ani. Finalement, il s'en fallut de peu que Ramataka ne se rendît à son adversaire. Encouragé par la débandade de l'armée adverse, le sultan Abdallah décida de précipiter le cours des choses. Dieu Tout-Puissant voulut qu'il quittât Nioumachiwa, avec l'ensemble de ses boutres, en direction du levant  et de la ville de Fou'mboni, où résidait le sultan rina. [De leur côté,] Andriyana'ntsouli, quelques uns de ses chefs de guerre et le restant de l'armée, firent route, par voie de terre, vers la capitale de Mwali.

                  [p.26 ]^ Arrivé en face de Fou'mboni, on jeta l'ancre  et on passa la nuit en mer.  A la vue de cette flotte, Ramataka fut saisi de crainte.

            Le lendemain matin [cependant], par la volonté de Dieu Tout-Puissant, le ciel se couvrit de nuages noirs, puis, un vent très violent désorienta les boutres et les refoula, malgré eux, vers le large. Le grand navire du sultan  fut le seul qui restât dans le port. La force des vagues incita les hommes d'équipage à hisser la voile  pour tenter [eux aussi] de gagner le large. [Mais p.27 ]^ un violent coup de vent, soufflant du côté du levant, rabattit le navire en direction du rivage  où il se brisa, sous le regard ému des habitants de la ville de Fou'mboni.

            Le Sultan Abdallah et sa suite furent [alors] recueillis par les soldats de Ramataka. Il y avait là, avec le sultan, ses frères Housséni, Ali et Salim*, tous trois fils d'Alawi [I], son vizir Abdallah et le prince Abdallah. Ramataka les reçut chez lui, leur serra la main et conversa avec eux. Il leur offrit, comme logement, le rez-de-chaussée de son palais et conserva l'étage, pour son usage personnel...

            [p.28 ] Pendant plusieurs jours, Ramataka fit preuve à leur égard de beaucoup de générosité : il leur offrit des lits confortables, des repas succulents, de l'eau pure et de la viande grasse. Il n'était pas dans ses intentions  de les mettre à mort. Il s'apprêtait, au contraire, à les renvoyer à Ndzou'ani. C'était un homme raisonnable : il n'avait pas oublié sa situation d'étranger, à l'origine, ni la bonté que lui avait manifestée les habitants de Ndzou'ani, après sa fuite de Madagascar. De plus, il savait que le sultan Abdallah  était le protégé des Anglais et il ne voulait pas s'attirer la colère de ces derniers...

            [Mais,] entre temps, le Sultan Abdallah s'était entendu avec ses frères pour [tenter de] tuer son hôte. Il parvint à informer de son projet  [p.29 ]^ ses soldats, rescapés du naufrage, et cela,  bien qu'ils fussent privés, par Ramataka, de toute communication avec leur sultan. Il leur dit : "Si nous arrivions à tuer Ramataka, notre but serait atteint. Les habitants de Mwali ne pourraient rien entreprendre contre nous, sachant que nos soldats sont présents, tout près de la ville."

            L'un des compagnons du Sultan Abdallah, pensant aux risques qui découleraient de l'échec de ce projet, se rendit chez Ramataka.  [p.30 ]^ Etonné de cette visite inattendue, ce dernier lui demanda : "Quel est l'objet de ta venue ?" L'homme lui dit : "Je suis venu vous dire quelque chose de difficile à exposer."  Ramataka lui dit : "Explique-moi ce que tu veux dire !" L'autre dit : " Je vous demande, d'abord, de prêter serment, au nom de Dieu."  Ramataka lui demanda : "Pour quelle raison veux-tu [donc] me faire prêter serment ?" L'homme lui dit, alors : "Je suis venu vous annoncer l'imminence d'un danger qui vous menace, autant qu'il me menace."

            Ramataka, en homme intelligent qu'il était, prêta serment sur le Coran. Alors, l'homme lui dit : " Je vous conseille d'être prudent  et de ne plus descendre voir le sultan Abdallah  car il a décidé, en accord avec ses frères, de vous tuer. Quand il nous a demandé notre avis, nous avons considéré son projet comme dangereux et criminel. [C'est pourquoi] je vous en informe; de manière à ce que vous vous teniez sur vos gardes."     

            [p.3I ]^ Ramataka lui demanda s'il était bien sûr de la véracité de son propos. L'homme confirma ses dires. Ramataka insista : "Peux-tu le jurer sur le Coran ?"  Et l'autre accepta et s'exécuta. Ramataka, alors, le crut. Il lui dit : "Tu es sincère. Présente-moi tous ceux qui étaient avec toi, lorsque le sultan Abdallah vous a demandé votre avis sur son projet de me tuer." L'homme sortit et s'en fut appeler tous ceux qui avaient été mêlés à l'affaire. Ils confirmèrent ses dires et Ramataka les crut. Il fut pris de colère et s'écria : " Ce Sultan cherchait à me tuer, alors que j'avais l'intention de le laisser retourner dans son pays !"