Portrait : Médas, un
photographe humaniste
Si la photo n'existait pas, il l'aurait certainement inventée,
disait de Médas un ami journaliste qui connaît bien
l'artiste. L'homme ne se départ jamais de son objectif, un casse-tête hors d'âge
vissé sur le crâne et la langue toujours bien pendue. Barbe un peu poivre sel
et yeux pétillants, il arpente les rues de Moroni, l'air pressé et le sourire
gracieux. Médas est, jour et nuit, à l'affût de
l'insolite et de ces belles images qui font la beauté de notre archipel. Il
persiste et signe : le développement des Comores passera par le tourisme ….ou
ne passera pas. Il préconise donc la mise en valeur de toutes les potentialités
nationales. Comme l'ont si bien fait certains pays de la région, aujourd'hui
devenus des destinations de rêve pour des centaines de vacanciers. Jet-sets et
autres stars du show-biz s'y croisent, avec toutes les retombées que cela
suppose.
Plages de sable blanc, paysage verdoyant, une population
hospitalière qui pratique un islam tolérant, loin du rigorisme ambiant, voilà,
pour ce chasseur d'images par trop singulier, des atouts majeurs à même de
vendre les Comores. Les œuvres de Médas, qui vont des
cartes postales aux autres, s'inscrivent dans cette veine et tentent de ressortir
tout le charme souvent méconnu de ces
îles paradisiaques. " Le tourisme, c'est notre or à nous " dit
il inlassablement.
Ce bissac noir qui ne le quitte jamais est une vraie caverne d'Ali
Baba : il y a évidemment une mine de photos, les unes plus intéressantes que
les autres, mais aussi toute une pile de correspondances privées,…On y
trouvera, pêle-mêle, des lettres qui lui sont écrites à la fois par d'éminentes
personnalités et par des citoyens lambda qui, toutes, ne tarissent pas d'éloges
sur l'artiste. Médas a d'ailleurs envie de les relier
pour en faire un seul document. Il les parcourt à tout moment, même à table. Il
se dit très ravi que son travail soit aujourd'hui reconnu après plusieurs
années de dur labeur.
Médas a toujours la rage : il peste en permanence contre ces
responsables chargés de la culture qui ne font rien pour promouvoir les
artistes, mais s'enferment dans leurs bureaux feutrés, cloués devant leurs
écrans d'ordinateurs.
Il dit n'avoir jamais reçu l'apport de personne, ni de l'Etat et
ce, malgré les nombreux services qu'il lui a rendus. " Pire, la Snpt refuse de régler mes factures alors que je lui ai filé
un certain nombre de photos originales " dit-il, exhibant la lettre d'un
responsable de cette société dans laquelle il motive cette décision par les
dispositions d'un accord qui aurait été conclu entre Médas
et le conseiller juridique de la maison. " Faux, s'insurge l'artiste. Il
est de mon droit de demander que ces photos portent ma signature, mais cela
n'exonère pas la Poste de son devoir de me payer ". L'affaire met
l'artiste dans tous ses états. Il aurait un moment songé à saisir le chef de
l'Etat. " Je connais l'homme ; il aime le droit, mais surtout les
artistes. C'est dommage que je n'arrive pas à le rencontrer " ajouta-t-il.
Amoureux des enfants, il n'est pas rare de croiser Médas dans les quartiers populaires de la capitale. Ici, il
s'entretient avec les petits, là il joue avec eux. Sa photo, qui présente deux
jeunes filles léchant le robinet d'une borne-fontaine, en dit long sur
l'intérêt que porte l'artiste pour les enfants en situation difficile. Vous
avez dit le photographe humaniste ! N'est-ce pas Médas
qui me disait un jour : " Le regard que je pose sur un orphelin africain est le même que s'il
s'agit d'un enfant brésilien. Parce qu'au-delà des couleurs, c'est le même sang
qui circule dans nos veines. Nous connaissons tous la peur, la douleur,… "
Térence, ce grand philosophe éthiopien, n'aurait pas dit autrement : " Je
suis un être humain et rien d'humain ne m'est étrange ".